L’Afrique en bonne place dans le dernier rapport de la cellule antiblanchiment Tracfin

Au sommet de l'Elysée pour la Paix et la Sécurité en Afrique, à Bercy le 4 décembre 2013. © Camille Millerand pour Jeune Afrique

Deux des affaires marquantes évoquées dans le dernier rapport de la cellule chargée de lutter contre la criminalité financière, publié fin juillet, ont directement trait à l'Afrique.

Blanchiment d’argent au casino, trafic de stupéfiants, corruption et trafic d’influence d’élus locaux, escroquerie en bande organisée… L’année 2016 aura été dense pour la cellule antiblanchiment française Tracfin, selon son dernier rapport annuel rendu public fin juillet.

La cellule chargée de lutter contre la criminalité financière y fait état d’une croissance très importante − +43% − des informations qui lui sont transmises, la hausse la plus importante depuis la création de la cellule au sein du ministère français de l’économie en 1990.

Parmi les professionnels tenus de déclarer à Tracfin les sommes dont ils soupçonnent qu’elles proviennent d’une infraction, des banques, des assureurs, des sociétés d’investissement, des bureaux de change, des notaires, des experts-comptables. Pour la plupart, ils signalent des soupçons de financement du terrorisme, de fraudes fiscale, douanière ou sociale.

Achats de biens immobiliers et trafic de voitures volées

Deux des neuf affaires marquantes évoquées dans le dernier rapport annuel de Tracfin, quoique toutes anonymisées, concernent directement le continent. La première concerne un homme d’affaires intervenant en tant qu’intermédiaire et entrepreneur dans des pays d’Afrique de l’Ouest, dont on apprend qu’il s’agit d’une personne politiquement exposée déjà connue des services de douanes pour avoir introduit en France 113 000 euros en numéraire sans procéder à une déclaration en douane, alors que celle-ci est obligatoire dès l’introduction d’une somme supérieure ou égale à 10 000 euros.

« En France, il a créé une SCI [Société civile immobilière], qui a acquis deux biens immobiliers en Île-de-France pour un montant total de plus de 10 millions d’euros, depuis des comptes africains et via des comptes américains et allemands. Il a également acheté de nombreuses œuvres d’art, dont plus de 1,3 M€ ont été payées en espèces », indique le document.

Le second cas a trait à des dépôts d’espèces très importants (15 millions d’euros sur 33 mois) sur les comptes de trois sociétés exerçant dans le domaine du commerce de véhicules d’occasion. Or, poursuit le rapport, « sous couvert de fausses factures, ces sociétés pourraient avoir facilité l’exportation de véhicules usagés, voire de véhicules volés ». A fortiori, notent les agents de Tracfin, « il n’est pas exclu que ces dépôts d’espèces opérés en France fassent partie d’un réseau de compensation avec des opérations financières réalisées en Afrique ».

337 milliards d’euros blanchis chaque année en Afrique de l’Ouest

Dans ces deux dossiers, Tracfin a transmis ses conclusions aux procureurs de la République compétents.

En 2010, Tracfin avait signé plusieurs accords administratifs avec quatre des pays membres du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba) – le Sénégal, le Togo, le Bénin et le Mali. Le Giaba, mis sur pied en 2000 par la Ceadao, estimait en 2011 que le blanchiment d’argent atteignait 337 milliards d’euros par an en Afrique de l’ouest.