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Reportage : sur le marché de Tongtong, au paradis cantonais des importateurs africains

À l'entrée du marché Tongtong de Canton. © Rémy Darras pour Jeune Afrique.

Canton attire sur ses marchés des milliers d’importateurs africains venant s’approvisionner en textiles, matériels électroniques ou machines-outils. Pour répondre à la croissance de ce trafic de passagers et de fret, des compagnies aériennes ont accru leurs fréquences et des consulats africains ont ouvert à Canton.

C’est un petit bout d’Afrique bien loin de l’Afrique… En plein cœur de Canton, province du Guangdong, en Chine méridionale, les petites échoppes du marché de Tongtong ne désemplissent pas en ce mardi après-midi d’été. De la RDC et du Congo-Brazzaville, du Togo, de Guinée, du Niger, du Mali, de Côte d’Ivoire, d’Angola, du Ghana, d’Éthiopie : on y vient des quatre coins de l’Afrique pour y acheter tout ce qui peut se vendre.Toutes sortes de vêtements made in China, des chaussures, des bijoux et sacs à mains, des accessoires de téléphone, des fauteuils, des articles de quincaillerie qui se retrouveront bientôt sur les étals des marchés africains. Bien entendu, Tongtong n’est pas le seul marché de Canton où viennent s’approvisionner ces importateurs, mais il est peut-être le plus grand.

Discussions par calculette interposée

Là, on trouve des importateurs pressés, téléphone collé à l’oreille, et peu diserts, parmi lesquels de nombreuses femmes, qui sélectionnent leurs marchandises. Héros modernes des nouvelles routes de la Soie qui se mettent en place entre la Chine, l’Afrique et l’Europe, ils sont nombreux à parler cantonais, quand d’autres communiquent par calculette interposée.

Dans ce qui pourrait parfois ressembler à un trabendo − un commerce informel bien huilé − chacun arrive toutefois à se faire comprendre. Certains, comme l’importateur malien Sidibé Seck, rencontré au comptoir d’Ethiopian Airlines, résident à Canton depuis plus de dix ans. Celui-ci achemine chaque jour par voie aérienne 150 sacs de marchandises, soit 4 800 kilos au quotidien, à raison de 32 kilos par sac.

Pour ces importateurs, le fret aérien est avantageux parce qu’il est rapide : deux à cinq jours quand le transport par voie maritime prend un mois. Beaucoup d’étudiants africains arrondissent aussi leurs fins de mois en important des sacs vers le continent africain. Pour répondre à la croissance de cette demande, la compagnie éthiopienne a ouvert plusieurs guichets et un entrepôt dédié à l’expédition de ces marchandises, en plein cœur du marché de Tongtong.

40% du cargo d’Ethiopian Airlines depuis Canton est à destination du Nigeria

« Actuellement 40% du cargo d’Ethiopian Airlines depuis Canton est à destination du Nigeria, un autre 40% est transporté vers les autres pays de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, les 20% restant allant en Éthiopie, en Afrique de l’Est et en Afrique australe », détaille Mehari Assefa, directeur des ventes du bureau cantonais d’Ethiopian Airlines.

Bientôt dix vols Addis-Canton par semaine

Si Emirates, Qatar Airways, Turkish Airlines, Egyptair et Kenya Airways, également présentes à Canton, ont toutes compris qu’il y avait là un fort potentiel de trafic fret et passagers, la compagnie éthiopienne met quant à elle à disposition 6 vols cargo par semaine réalisés en Boeing 777 de grande capacité.

Ses vols Canton-Addis sont remplis à 90% de voyageurs africains alors que ses Pékin-Addis transportent surtout des hommes d’affaires chinois. À partir d’octobre prochain, au moment où se tiendra la foire de Canton, la plus grande foire commerciale de Chine, Ethiopian passera ainsi de sept à dix fréquences hebdomadaires pour transporter des passagers et à sept vols cargo, assure Mehari Assefa.

C’est dire le bond opéré depuis que le transporteur av commencé à opérer 2 vols cargo hebdomadaires en avril 2016… Signe aussi de l’afflux d’importateurs subsahariens, cette année, ce sont quatre consulats africains qui ont ouvert à Canton, portant leur nombre total à dix.

Si certains importateurs comme André, d’origine togolaise, viennent une semaine par mois à Canton, la plupart font deux ou trois fois fois par an l’aller-retour, pour un séjour d’une semaine, à l’instar de l’importateur congolais Valéry. « Si ça marche, on vient deux ou trois fois par an, mais cette année je ne suis venue qu’une fois », témoigne Madame Kouassi, importatrice ivoirienne de vêtements pour enfants.

Les visas plus difficiles à obtenir

Car, comme nous l’ont dit tous les importateurs, le ralentissement guette. « Quelqu’un qui prenait 45 colis auparavant n’en prend plus que 20 aujourd’hui », constate Ali, transitaire guinéen, présent en Chine depuis la crise d’Ebola, qui vient d’installer son guichet dans un point névralgique de ce commerce sino-africain : le centre de Yue Yang de Canton, où tous les intermédiaires entre les importateurs africains et les compagnies ont pignon sur rue.

Les raisons de la baisse d’activité des importateurs africains de Canton sont connues : la chute du cours des matières premières et des devises en Afrique, et la concurrence chinoise directe qui s’est faite plus intensive en Afrique, rendant les importations des marchands africains moins avantageuses.

C’est pourquoi les activités de livraison marchent désormais beaucoup mieux que les activités de commerce, explique  encore Ali, qui vendait auparavant des générateurs. Autres problèmes que souligne un importateur nigérien : des coûts de transport en hausse et des visas qui ont été plus difficiles à obtenir que l’année dernière. « Comme si, se demande un autre importateur camerounais, les autorités chinoises comptaient contrôler un peu plus des échanges dont la croissance est devenue irrésistible. »

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