Afrique du Sud : l’homme noir enfermé de force dans un cercueil raconte sa terreur au procès de ses agresseurs blancs

Par Jeune Afrique avec AFP

Victor Rethabile Mlotshwa au tribunal de Middelburg, en Afrique du Sud, le 16 novembre 2016. © AP/SIPA

Victor Mlotshwa, un ouvrier de ferme noir qui accuse deux Blancs de l'avoir forcé à entrer vivant dans un cercueil, a raconté mercredi 2 août devant la justice sud-africaine sa peur panique au moment où il a cru mourir, au mois d’août 2016. Ses agresseurs sont poursuivis pour tentative de meurtre. Ils avaient été arrêtés au mois de novembre 2016, après la diffusion d'une vidéo de leur méfait sur Internet.

Dans un pays comme l’Afrique du Sud, où les cicatrices de l’apartheid ne sont pas encore bien refermées, ce fait divers est brûlant. Au mois d’août 2016, Willem Oosthuizen et Theo Martins Jackson, les deux agresseurs présumés, deux Blancs, ont forcé Victor Rethabile Mlotshwa, leur victime, un Noir, à se glisser dans un cercueil en le menaçant de l’enterrer vivant.

Il est aussi question d’un serpent, que les deux hommes projettent de glisser dans le cercueil, posé au sol. « Allez, allez. On va jeter de l’essence », menace l’un des hommes blancs en afrikaan, la langue natale de nombreux fermiers sud-africains. Un des accusés tente de fermer le cercueil dans lequel se débat Victor Mlotshwa.

Poursuivis pour kidnapping, agression et tentative de meurtre

Les agresseurs se sont amusés à filmer leur méfait et à poster la vidéo, non datée, sur internet. Le post de la vidéo, lui, date de début novembre 2016. D’une violence symbolique rare, les 20 secondes d’images ont enflammé l’opinion publique et la classe politique sud-africaine.

Willem Oosthuizen et Theo Martins Jackson sont poursuivis pour kidnapping, agression et tentative de meurtre. Les deux hommes avaient été arrêtés au mois de novembre 2016 après la diffusion de la vidéo, vite devenue virale.

« J’avais l’impression qu’ils voulaient me tuer »

Mercredi 2 août 2017, Victor Mlotshwa a raconté sa terreur devant le tribunal de Middelburg, dans le nord-est du pays, au procès, débuté le 16 novembre 2016, qui l’oppose à ses agresseurs. « L’un d’entre eux disait qu’il devrait jeter de l’essence dans le cercueil. Je veux juste dire que c’était dur, j’avais si peur, je tremblais, je pleurais ».

« J’avais l’impression qu’ils voulaient me tuer, je les ai suppliés. J’avais juste une main en dehors du cercueil, c’est tout », a-t-il ajouté, en pleurs, cité par le site News24.

Victor Mlotshwa assure qu’il se rendait simplement à Middelburg en coupant à travers champs pour aller faire des courses pour sa mère lorsqu’il a été agressé.

« J’ai essayé de m’enfuir mais, sans rien dire, ces hommes sont descendus de leur voiture et ont commencé à me cogner », a-t-il affirmé.

Les deux accusés ont plaidé non coupable

Lundi 31 juillet, les deux accusés ont plaidé non coupable et ont affirmé avoir seulement voulu effrayer la victime qu’ils avaient, selon eux, attrapée en train de voler.

Le procès a pris une tournure politique dans cette Afrique du Sud loin d’avoir pansé les plaies de l’apartheid, le régime raciste aboli en 1994. Plusieurs partisans de la majorité comme de l’opposition se rassemblent devant et à l’intérieur du tribunal lors des audiences pour soutenir la victime et dénoncer les crimes racistes.

Vingt-deux ans après la fin officielle du régime raciste de l’apartheid et l’élection de son premier président noir, Nelson Mandela, l’Afrique du Sud semble toujours se débattre avec les démons du passé. Les relations entre la majorité noire et les Blancs restent extrêmement compliquées, particulièrement dans les zones rurales, où les inégalités sont souvent criantes et les controverses raciales – largement exploitées par la classe politique – sont fréquentes.

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