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Côte d’Ivoire : comment les Forces spéciales ont mis en déroute les assaillants du 19 juillet à Abidjan

Par - à Abidjan

Des membres des forces spéciales ivoiriennes. © CC/Wikimedia commons

Le voile se lève sur le dispositif mis en place le 19 juillet dernier par les autorités ivoiriennes pour apporter la riposte aux hommes armés ayant attaqué l'École nationale de police (ENP), à Cocody, et un commissariat de police de Yopougon.

Le 19 juillet vers 22 heures, plus d’une dizaine d’hommes armés encagoulés font irruption dans l’enceinte de l’école de police pour dévaliser des armes dans les locaux du détachement du Centre de commandement des décisions opérationnelles (CCDO), une unité mixte d’élite chargée de la sécurisation d’Abidjan et des grandes villes du pays. Les assaillants investissent l’école par la partie Sud, située en face de l’université de Cocody, non sans déclencher des tirs nourris qui créent la débandade chez les élèves policiers et même leurs formateurs. Puis il se servent en armes et traversent le bâtiment en sortant par la partie Est située en face du quartier huppé de Cocody Villa des cadres.

L’École de gendarmerie mitoyenne, prise de court, ne peut quant à elle pas réagir. Ce sont les éléments des Forces spéciales du général de brigade Doumbia Lacina qui interviennent avec toute l’artillerie nécessaire. Plusieurs hommes des forces spéciales quittent alors rapidement leur base de Cocody ambassades pour l’École de police. Ce corps d’élite possède en effet une unité d’intervention rapide antiterroriste stationnée dans son quartier général à Abidjan, mais il a aussi souvent recours aux éléments basés dans leur plus grande caserne à Adiake, à moins de 100 kilomètres d’Abidjan dans le Sud-Est.

Impacts de balles sur la caméra panoramique du blindé utilisé par les Forces spéciales ivoiriennes pendant les combats du 19 juillet à Abidjan. © DR

Depuis l’attentat terroriste de Grand Bassam, en mars 2016, les forces spéciales sont en alerte permanente et quadrillent par des patrouilles nocturnes très discrètes la ville d’Abidjan. Mais une fois sur place à l’École de police, elles trouvent que les assaillants ont déjà quitté les lieux pour se diriger vers le commissariat du 16e arrondissement de Yopougon afin d’attaquer aussi un autre détachement du CCDO. Ce sera à cet endroit que des combats opposeront les forces spéciales aux assaillants.

Clé de voûte du système sécuritaire

Des combats d’une intensité très forte, les forces spéciales voyant un de leurs blindés très endommagé sous la puissance de feu d’ennemis très expérimentés et rodés au maniement des armes. Les affrontements durent plusieurs minutes avant que les assaillants mis en déroute ne prennent la fuite, certains par l’autoroute, la principale artère qui relie Abidjan au reste du pays. Sur le champ, aucune interpellation n’est été opérée mais une victime collatérale, un membre du CCDO tué, et un blessé sont à déplorer.

Paradoxe : les Forces spéciales ne disposent pas de moyens propres

Grace à la reconstitution des événements via la vidéosurveillance de la ville d’Abidjan, plusieurs suspects sont finalement interpellés et mis à la disposition de la justice militaire. Les Forces spéciales sont devenues au fil des attaques armées contre l’État la clé de voûte du système sécuritaire du pays, mais ne disposent pas de moyens propres. Le commandement est obligé de se servir dans les stocks de l’état-major pour des équipements bien souvent en déphasage avec ses missions.

Lors de la récente attaque de la ville de Fresco, le 28 juillet, les Forces spéciales n’ont pu intervenir par manque de moyens de locomotion, car ne disposant pas d’hélicoptères pour une intervention rapide. La route côtière, principal accès à Fresco par voie terrestre, est impraticable. Le départ d’Abidjan vers Fresco aurait ainsi pris plusieurs heures.

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