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Tunisie : une délégation de l’UGTT en visite de soutien à la Syrie de Bachar al-Assad

Des Syriens partisans du régime manifestent leur soutien au président syrien, Bachar al-Assad, le 11 juillet 2017 à Homs en Syrie. © AP/SIPA

Une délégation de 29 membres de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) est à Damas depuis le week-end dernier. Durant cette visite, elle a rencontré le président syrien, pour l'appuyer dans sa "lutte contre le terrorisme", dit-elle.

Une délégation de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), principale centrale syndicale du pays, a entamé une visite officielle en Syrie le week-end dernier. Une visite décidée lors du Congrès national du syndicat, en janvier 2017. L’UGTT s’y était engagé à encourager la reprise des relations diplomatiques avec le pays de Bachar al-Assad, mais aussi à le soutenir dans sa « lutte contre le terrorisme ».

La délégation, composée de 29 personnes, inclut aussi bien des représentants syndicaux des différents secteurs, des régions et de la direction de l’UGTT, tel que Bouali M’Barki. D’anciens membres de la centrale syndicale sont également présents pour l’occasion, à l’image du précédent secrétaire général, Houcine Abassi.

« Soutenir la Syrie dans sa lutte contre le terrorisme »

Contacté par Jeune Afrique, Sami Tahri, secrétaire adjoint chargé des médias au sein de la centrale, a fait part des objectifs de cette visite : « Nous souhaitons affirmer notre soutien à la Syrie dans sa lutte contre le terrorisme, mais aussi exprimer notre opposition à l’interventionnisme étranger qui prétend amener la démocratie à dos de chars militaires. Nous cherchons également à donner une autre image de la Tunisie, une image qui s’oppose à celle véhiculée par les jihadistes tunisiens qui n’ont apporté que désordre et destruction dans ce pays. »

L’opinion populaire va clairement dans notre sens

Le syndicat prétend également traduire la volonté populaire, rappelant que la décision de renvoyer l’ambassadeur syrien en Tunisie en 2012 avait provoqué une vive polémique. De nombreux Tunisiens avaient alors dénoncé une décision précipitée.

« L’opinion populaire va clairement dans notre sens. Si le peuple s’est opposé à la décision du renvoyer l’ambassadeur, c’est parce que cette décision n’était pas le fruit d’une consultation collective mais bien celle d’une directive du Qatar et de la Turquie », estime Sami Tahri.

Une « forte sensibilité nationaliste arabe » à l’UGTT

Nicolas Dot-Pouillard, chercheur qui étudie de près la gauche tunisienne juge cette visite « non surprenante ». Pour lui, elle s’explique principalement par des raisons idéologiques : « Au sein de l’UGTT, il existe un fort courant de gauche mais aussi nationaliste arabe. En Tunisie, il persiste jusqu’à ce jour un courant baathiste mais également nassérien, des courants qui font notamment partie de la coalition du Front populaire et nombreux sont les cadres de ce Front qui ont également été cadres au sein de l’UGTT. Cette dernière n’est pas nationaliste arabe par essence, mais il existe en son sein un forte sensibilité nationaliste arabe. »

Le chercheur relève également des raisons conjoncturelles, notamment l’opposition du syndicat au parti Ennahdha. « L’UGTT a choisi les adversaires d’Ennahdha comme alliés. Elle a par exemple fortement critiqué le rapprochement du parti islamiste des monarchies du Golfe et de la Turquie, qu’elle juge responsables de la crise syrienne. »

« Nous ne soutenons personne ! »

À l’issue de sa visite, la délégation de l’UGTT s’est entretenue avec le Syndicat des travailleurs syriens, afin d’élaborer un programme de coopération entre les deux pays. Dans la matinée du lundi 31 juillet, les membres de l’UGTT ont en outre rencontré les autorités syriennes avec à leur tête, Bachar al-Assad. C’est à cette occasion qu’ils ont veillé à affirmer leur volonté d’une relation renforcée avec la Syrie.

Pour autant, le syndicat dément tout soutien au maître de Damas : « Nous ne soutenons personne ! Bachar al-Assad est le président de la Syrie, il détient les trois quarts du territoire. Il est normal de s’adresser à lui de manière officielle. »

Pour l’UGTT, il s’agit d’une question diplomatique traditionnelle

« Il faut comprendre que pour l’UGTT, il s’agit d’une question diplomatique traditionnelle », explique le chercheur Nicolas Dot-Pouillard. La Syrie est certes toujours membre de l’ONU, elle possède encore des partenaires diplomatiques. « L’idée n’est pas de soutenir Bachar mais de soutenir les institutions d’un régime existant », poursuit le chercheur.

La volonté d’un rétablissement des relations diplomatiques entre la Tunisie et la Syrie n’est pas propre à l’UGTT. Elle est partagée par plusieurs acteurs, notamment le parti libéral Afek Tounes et même des anciens partisans de Ben Ali. « Ceux qui s’y opposent sont principalement le parti Ennahdha et Nidaa Tounes, qui, lui, reste très flou sur ses positions », estime le chercheur.

Ce courant favorable à la reprise des relations diplomatiques est aussi encouragé par le nombre important de jihadistes tunisiens sur le sol syrien. La question sécuritaire pousse certains partis à faire preuve de pragmatisme : « Ils savent que l’État ne peut gérer le retour ou bien l’arrestation en territoire syrien de milliers de djihadistes sans négociation avec le régime », conclut Nicolas Dot-Pouillard.

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