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Maroc : Mohammed VI critique sévèrement l’administration et la classe politique

Le Roi du Maroc, Mohammed VI, lors de sa tournée dans le Golfe en avril 2016. © Abdeljalil Bounhar / AP / SIPA

Samedi, le roi du Maroc a prononcé un des discours les plus durs de son règne, revenant, entre autres, sur les contestations d'Al Hoceima. Selon lui, ces évènements ont révélé l'irresponsabilité des dirigeants politiques du pays.  

Le roi du Maroc a dressé un jugement sévère de l’administration et de la classe politique dans son discours du Trône. Diffusé le samedi 29 juillet, un jour avant la commémoration officielle, son allocution a relevé, sur un ton particulièrement dur, les contradictions d’un royaume qui attire les majors économiques mondiaux mais qui souffre de sérieuses défaillances sociales. « Un paradoxe irrécusable et difficile à admettre », selon le roi.

Ces contradictions sont le fait, pour lui, d’une administration faible et irresponsable ainsi que d’une classe politique incapable de mobiliser les citoyens, voire opportuniste. « Quand le bilan du pays se révèle positif, les partis, la classe politique et les responsables s’empressent d’occuper le devant de la scène pour engranger les bénéfices politiques et médiatiques des acquis réalisés. Mais, quand le bilan est décevant, on se retranche derrière le Palais Royal et on lui en impute la responsabilité », fait-il remarquer.

Et d’enfoncer le clou : « Si le roi du Maroc n’est pas convaincu par certaines pratiques politiques, s’il ne fait pas confiance à nombre de politiciens, que reste-t-il, donc, au peuple ? ».

Le Maroc n’est pas assis sur un volcan

Les contestations qui secouent la province d’Al Hoceima depuis neuf mois se sont invitées dans le discours royal. Pour Mohammed VI, elles sont le fait de l’irresponsabilité des responsables politiques, « absorbés par l’organisation de leurs congrès nationaux et leurs comités exécutifs ». « Mais lorsqu’il s’agit de communiquer avec les citoyens, ils sont aux abonnés absents, créant un vide regrettable et dangereux, poussant les forces publiques à se retrouver face à la population ».

Depuis son déclenchement en octobre 2016, cette vague de protestation qui secoue la province du Rif a abouti à des centaines d’arrestations, poussant plusieurs acteurs associatifs à dénoncer le durcissement de l’approche sécuritaire. Le roi du Maroc rejette ces allégations qui laissent croire que « le Maroc est assis sur un volcan et qu’à chaque foyer, à chaque citoyen correspond un policier qui surveille ».

Les Marocains doivent être fiers de leurs sécuritaires

« La vérité, c’est que, pour garantir la sécurité des citoyens et préserver leurs biens, il y a une seule ligne à appliquer : la loi ; un engagement ferme à respecter : les institutions », lance-t-il . C’est dit : les forces de l’ordre ne font que leur travail. À part l’application de la loi, elles ne gèrent pas les affaires du pays, ne contrôlent pas les ministres, ne fixent pas les prix . « Contrairement à ce que disent certains nihilistes, les Marocains ont de quoi être fiers de leurs sécuritaires ».

Aux responsables publics, je dis : Travaillez ou démissionnez !

Poursuivant sa violente charge contre ceux qui bloquent le développement du Maroc, le roi épingle les fonctionnaires incompétents et irresponsables. Ainsi, il ne comprend pas comment un responsable qui ne fait pas son devoir, peut sortir de chez lui, se mettre au volant de sa voiture, s’arrêter au feu rouge, et avoir « l’impudence, l’effronterie de lever les yeux sur les passants, ses administrés, ceux qui (et il le sait) sont parfaitement informés de son manque de scrupules ».

« N’ont-ils pas honte, ces responsables qui n’accomplissent pas leur devoir alors qu’ils ont prêté serment devant Dieu, la patrie et le roi ? Ne conviendrait-il pas de destituer tout responsable à chaque fois qu’on établit une négligence ou un manquement de sa part dans l’exercice de ses fonctions ? », s’interroge-t-il.

À tous ceux qui déçoivent les attentes du peuple, Mohammed VI dit : « Assez ! ». Il leur demande de s’acquitter de leur missions ou de démissionner. Quand à ceux qui, poussés par un calcul politicien ou personnel, retardent un projet de développement ou à caractère social, ils sont assimilés à « des traîtres », en ce sens « qu’il portent préjudice aux intérêts des citoyens».