Contre Ebola, douche froide et buzz viral

L'oeil de Glez. © Glez

Le "Ice Bucket Challenge" fait rage sur la planète. Des personnalités de toutes sphères se prêtent à ce défi du seau glacé. L’Afrique, elle, navigue entre suivisme et plagiat. Ebola oblige…

Potacherie et charité : la combinaison est inédite. Pour récolter des fonds contre l’incurable maladie neurodégénérative dite de Charcot, les réseaux sociaux proposent, depuis quelques semaines, une douche froide. Au sens propre. Le jeu, dénommé "Ice Bucket Challenge", consiste à se verser sur la tête un seau rempli de glaçons, avant de lancer le défi à l’une de ses connaissances qui devra en faire de même dans les 24 heures. Successivement, le geste est devenu une recette burlesque, un buzz mondial et une source phénoménale de financement.

Cet acte ridicule devient burlesque, à partir du moment où il fait l’objet d’une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Le micro-métrage dévoile les couinements de la victime consentante, puis son air de chien battu par la pluie. Le jeu devient buzz quand des personnalités cèdent à ce phénomène de mode. Les glaçons ont d’abord dégouliné sur les têtes du show-biz américain – de Britney Spears à lady Gaga –, avant d’inonder les crânes des grands patrons – de Bill "Windows" Gates à Mark "Facebook" Zuckerberg. Même l’ancien président George W. Bush, devenu affable depuis qu’il a laissé la politique pour la peinture, s’est prêté au jeu.

En l’espace d’un mois, l’opération a permis de récolter près de 42 millions de dollars.

Puis le procédé s’est transformé en corne d’abondance, dès que les règles du jeu ont évolué. À l’origine, les frileux qui refusaient le défi devaient faire un don de 100 dollars à l’ASL, association caritative qui lutte contre la maladie de Charcot. Face à l’engouement que suscitaient ces douches glacées, il a été décidé que celui qui se renverserait un seau sur la tête devrait, lui aussi, verser une contribution à l’ASL. Le but de la souffrance auto infligée n’est donc plus d’éviter une dépense, mais de se construire une image de courage et de générosité. En l’espace d’un mois, l’opération a permis de récolter près de 42 millions de dollars.

Et voilà que le "Ice Bucket Challenge" a quitté les États-Unis pour l’Europe puis l’Afrique. Rien d’étonnant que les sportifs du continent noir soient pionniers en la matière, puisque c’est un sportif atteint de la maladie de Charcot, l’ancien joueur de baseball Pete Frates, qui a initié l’opération. Dans la foulée de Cristiano Ronaldo, les footballeurs Sulley Muntari, Emmanuel Adebayor, Michael Essien et Didier Drogba ont donc eu droit à leur douche glaciale.

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Observant tout à la fois le caractère "viral" de l’opération et la propagation du virus Ebola en Afrique de l’Ouest, la blogueuse ivoirienne Edith Brou a décidé d’adapter le concept. Le 18 août dernier, elle postait une vidéo où on la voyait se renverser sur le corps un seau d’eau mousseuse. Dans cette déclinaison du "Ice Bucket Challenge", la personne qui relève le défi doit distribuer, à trois personnes, une lotion hydro-alcoolique destinée à la désinfection de la peau. Une manière de souligner que la lutte contre la fièvre hémorragique commence par l’hygiène corporelle. Rendez-vous sur Twitter, au hashtag #MousserContreEbola

L’euphorie n’échappe pas aux incantations des rabat-joie. Le 21 août dernier, le département d’État américain interdisait  le "Ice Bucket Challenge" à ses diplomates, expliquant, par la voix de son porte-parole, Marie Harf, que "les règles éthiques du gouvernement fédéral empêchent d’utiliser des fonctions publiques, comme celles d’ambassadeurs, pour des bénéfices privés, quelle qu’en soit la bonne cause, aussi noble soit-elle".

Une manière de souligner que la lutte contre la fièvre hémorragique commence par l’hygiène corporelle.

La frilosité physique ou déontologique empêchera-t-elle quelques drames ? Jeudi dernier, dans le comté américain de Taylor, quatre pompiers se blessaient, en aidant des étudiants à réaliser le défi de manière collective. Du haut de l’échelle de leur camion, ils arrosèrent la fanfare de l’université de Campbellsville, avant de toucher une ligne électrique. Une invitation à respecter la formule d’origine : un homme, un seau. Près de Boston, après avoir récolté 100 000 dollars pour l’ASL, l’un des initiateurs du "Ice Bucket Challenge", Corey Griffin, décida de relever un nouveau défi : plonger d’un immeuble de deux étages. Il s’est noyé.

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Damien Glez