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Burundi : l’ex-président Domitien Ndayizeye menacé de mort par les Imbonerakure

Des Imbonerakure dans le quartier de Kinama, dans la capitale burundaise, le 25 mai 2015.. © Berthier Mugiraneza/AP/SIPA

Irrités par les mots peu flatteurs de l’ancien chef de l’État Domitien Ndayizeye, les Imbonerakure viennent de le mettre en garde, promettant de « travailler sur lui » s’il récidive, selon le jargon en usage dans leurs rangs. Une expression qui, au Burundi, s'apparente à une menace de mort.

Le ton est grave. Les paroles sont claires, articulées dans un langage spécifique, propre aux Imbonerakure, ligue des jeunes du parti au pouvoir le Cndd-Fdd, pendant leur démonstration de force de ce samedi 22 juillet : « tuzomukorerako ! » Comprenez, littéralement, « Nous allons travailler sur lui ».

Le mot, souvent utilisé contre les voix discordantes, est prononcé au moins deux fois par Sylvestre Ndayizeye, chargé de la coordination des ligues affiliées au Cndd-Fdd, pour parler de l’ancien Président. Domitien Ndayizeye est accusé d’avoir « dépassé les limites » : « Il n’a pas de leçon à donner aux Imbonerakure. S’il récidive, tuzomukorerako », a ainsi tonné Sylvestre Ndayizeye. En cause, une interview qu’aurait accordée Domitien Ndayizeye à une station locale critiquant les slogans des Imbonerakure, notamment sur les relations orageuses entre le Burundi et le Rwanda.

En 2006 déjà, alors que le CNDD-FDD venait juste de prendre le pouvoir, l’ex-président avait été accusé de tentative de coup d’État. Si de nombreuses organisations de la société civile, les médias et l’opposition avaient à l’époque dénoncé un putsch imaginaire monté de toute pièce par le pouvoir, Domitien Ndayizeye avait néanmoins été écroué pendant cinq mois avant d’être acquitté par la Cour suprême, de même que ses co-accusés. Parmi eux figurait Alphonse-Marie Kadege, son vice-président pendant la période de transition de l’avant 2005. Ce dernier était sorti des geôles fortement affaibli par la torture subie en détention.

La menace des Imbonerakure prise au sérieux

Dans l’entourage de l’ex-président, la menace des Imbonerakure est donc prise au sérieux. « Le mot tuzomukorerako est souvent utilisé quand on veut faire disparaître quelqu’un », nous explique-t-on. Reste à rappeler que les Imbonerakure, qualifiés de milice par les Nations Unies, sont déjà accusés par la même organisation de graves violations des droits humains, notamment des exactions, actes de tortures et disparitions d’opposants.

Domitien Ndayizeye est aujourd’hui sénateur à vie, comme tous les anciens chefs d’État burundais. Connu pour son franc-parler et son relatif désintérêt vis-à-vis du pouvoir, vantant toujours ses compétences en mécanique, Domitien a dirigé le Burundi de 2003 à 2005, porté par son parti, le Front pour la démocratie du Burundi (Frodebu). C’était lors de la seconde transition de l’après signature des Accords d’Arusha, menant aux élections de 2005, qu’il a cédé  le bâton de commandement à Pierre Nkurunziza.

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