L’argent des Africains : Issa, épicier en Afrique du Sud – 403 euros par mois

Issa devant l'épicerie où il travaille. © Thandiwe Cattier

Né au Burundi de parents Congolais, Issa, jeune trentenaire, tient une épicerie à Johannesburg, en Afrique du Sud. Pour la série l'argent des Africains, Jeune Afrique est parti à sa rencontre.

Eleonore Street à Troyeville, l’un des plus vieux quartiers de Johannesburg, où les enfants jouent dehors, répètent assidûment des chorégraphies et improvisent des matchs de football au milieu de la rue. C’est ici qu’Issa tient une petite épicerie de fruits et légumes, un espace de douze mètres carrés qui vend aussi des produits de première nécessité comme du dentifrice, de la poudre à lessiver et des langes vendus à l’unité.

Issa se lève de bonne heure et chaque matin, son rituel est identique. Levé à sept heures, il fait sa toilette et quitte son appartement de deux chambres du centre-ville, qu’il partage avec un ami et dont sa part de loyer mensuel s’élève à 2 000 rands par mois, soit 133 euros, eau et électricité inclus. « Je ne paye pas de redevance télé, je n’achète pas de nourriture sauf des snack de temps en temps pour 13 euros par mois et je ne cuisine jamais… car je suis bien trop paresseux pour faire la vaisselle », ironise ce gaillard de trente-trois ans.

Nourriture : 118 euros par mois

Pour rejoindre son lieu de travail, Issa marche une demi-heure le ventre vide. Une ballade quotidienne qui lui permet « d’éviter de payer un taxi et en même temps de rester en forme ». Arrivé aux alentours de 8h00, c’est un copieux petit-déjeuner qui l’attend dans le minuscule restaurant de trois tables situé juste à  côté de son épicerie et tenu par des Sénégalais. Pour la modique somme de 1,5 euro, Issa se délecte d’un sandwich au bœuf avec des oignons frits accompagnés d’une tasse de thé. « J’en achète deux fois par jour et parfois je mange les deux pains l’un à la suite de l’autre », ajoutant qu’en fin d’après-midi, il achète également un plat à emporter de haricots rouges avec de la viande, du riz ou de la semoule de maïs, qui lui coûte 1,99 euro.

Né au Burundi de parents congolais, Issa s’est installé dans la métropole sud-africaine il y a douze ans et se dit « satisfait » de ce que lui rapporte le commerce dans lequel il travaille depuis six mois. C’est son grand frère qui a lancé ce business il y a deux ans. Les bénéfices quotidiens rapportent en moyenne 33 euros, parfois davantage les bons jours.

Chaque mardi et vendredi, en charge des courses et des comptes, son frère se ravitaille en marchandises dans un marché où les prix sont forcément moins élevés. Une dépense hebdomadaire qui s’élève à environ 130 euros. Le loyer de l’épicerie est de 265 euros par mois avec un supplément de 33 euros pour l’électricité, qui permet notamment d’alimenter les deux gros frigos remplis de boissons fraîches.

Salaire : 403 euros

Chaque soir, avant que son frère ne le raccompagne en voiture, Issa se verse 3,50 euros et reçoit 300 euros par mois pour son loyer et les dépenses du quotidien. Arrivé à son domicile, il est bien trop fatigué pour faire autre chose que regarder la télévision, avant de s’effondrer aux alentours de 22h00. Car Issa travaille sept jours sur sept de 8h00 à 21h00, sauf le dimanche où il baisse les volets à 19h00. S’il n’attache pas trop d’importance aux vêtements, il aime les chaussures de marque et dépense environ 40 euros tous les trois mois.

Pour l’instant, il lui est impossible de mettre de l’argent de côté mais il ne se plaint pas, bien conscient de ses privilèges. « L’avantage est que je ne dépense pratiquement rien, ici je peux me servir sans débourser un sous », explique celui qui espère un jour gérer son propre magasin. Dans la rue, où il profite d’un agréable soleil d’hiver, se trouvent une boulangerie, un cybercafé, une mosquée et un débit de boisson. Son péché mignon, c’est la bière en début de soirée. Une boisson qu’il consomme quotidiennement, à raison de trois grandes bouteilles de Black Label qui lui coûtent 4 euros.

Nourriture de Nakima : 19,5 euros pour chacun de ses maîtres

Il y a aussi Nakima, la petite chatte tigrée qui a élu domicile dans l’épicerie et qu’il nourrit de viande en conserve pour 1,3 euro par jour, une somme qu’il partage avec son frère. Extrêmement efficace pour repousser les rats qui ravagent leurs produits, le jeune félin n’a malheureusement pas pu empêcher des voleurs de s’introduire une nuit et de percer le toit de taule ondulé il y a quelques semaines. Des dégâts qui entraînent des coûts importants et qu’il faut assumer. Heureusement, son frère possède assez d’argent grâce à d’autres affaires qu’il possède en ville.

Dans cette épicerie où tout le monde se connaît, le va-et-vient est permanent et les journées s’écoulent paisiblement. À l’heure du coucher de soleil, les habitants du quartier, venus de tout le continent – des Congolais, des Mozambicains, des Éthiopiens ou encore des Tanzaniens – n’hésitent pas s’asseoir devant la boutique pour un brin de causette avec Issa, qui se retrouve très vite entouré d’une dizaine de personnes, de musique nigériane échappée de voitures aux portes grandes ouvertes et de quelques boissons alcoolisées, consommées avec modération.

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