Mali : un web-activiste blessé par balles à Bamako

Par Jeune Afrique avec AFP

Le Madou Ka Journal du lundi 24 juillet 2017. Madou Kanté y fustige Maouloud Ben Kattra, le ministre malien de l'Emploi et de la Formation professionnelle. © Capture d'écran / Youtube / Madou Ka Journal

Madou Kanté - alias « Maréchal Madou » -, activiste et chroniqueur malien, a été victime d'une tentative d'assassinat dans la nuit du lundi 24 au mardi 25 juillet, à Bamako. Il est sous surveillance médicale après une opération réussie pour extraire la balle qui l’a touché à la poitrine.

Madou Kanté était au volant de sa voiture lorsqu’il a été touché par une balle à la poitrine, au côté droit, vers 1h du matin, mardi 25 juillet, dans la capitale malienne. Les tirs qu’il a essuyés sont le fait d’un individu encore non identifié. Madou Kanté a été admis peu après l’attaque à l’hôpital de Bamako.

« On vient de m’enlever la balle du corps », a déclaré le jeune homme de 30 ans à l’AFP, après son opération mardi matin. Il reste « sous surveillance médicale », selon un membre du corps médical.

« Maréchal Madou » – Madou Kanté à l’état-civil – est célèbre au Mali pour sa chronique web décapante, le « Madou Ka Journal », dans laquelle il dénonce la corruption, le népotisme et d’autres travers de dirigeants politiques et religieux. L’activiste a de nombreux fans qui ont appelé sur Facebook à un rassemblement à Bamako le mardi matin même. L’initiative n’étant pas du goût du jeune chroniqueur, il a très vite réagi et insisté : « Je voulais lancer un appel au calme. Je n’accuse pour le moment personne et je ne veux pas que des actions soient menées en mon nom. J’aime le Mali ».

Une attaque en lien avec son engagement ?

Le jeune homme a récemment participé à des manifestations en faveur du « non » au référendum sur le nouveau projet de Constitution qui divise les Maliens. Le référendum sur ce texte, dont ses détracteurs disent que l’application conduirait à un renforcement déséquilibré des pouvoirs du président, n’a pas eu lieu (le 9 juillet 2017) suite à leur mobilisation. Il a été reporté sine die.

La plateforme An Tè, A Banna – Touche pas à ma Constitution condamne d’ailleurs la tentative d’assassinat de Madou Kanté, ce mardi 25 juillet, dans un communiqué transmis notamment à Jeune Afrique. Présenté comme l’« un des principaux animateurs du nouveau mouvement démocratique qui s’oppose au projet de révision de la Constitution initié par le président de la République », le jeune homme est décrit comme ayant « pris une part active à la grande manifestation du 17 juin ». La plateforme dénonce une « agression » qui « survient dans un climat de haine et de surenchères verbales déclenché par le pouvoir et ses partisans contre les opposants à la révision constitutionnelle. »

Visite de plusieurs ministres

Madou Kanté avait reçu, dans la nuit du lundi 24 au mardi 25 juillet, la visite de plusieurs ministres, selon des sources proches du gouvernement et de sa famille, citées par l’AFP. Il « circulait dans sa voiture, lorsqu’on a tiré sur lui, ce qui veut dire qu’il était suivi. Mais mon sentiment est que ce n’est pas un professionnel qui a fait le coup contre le Maréchal Madou, qui défend également les droits de l’Homme », a expliqué l’un de ses proches. « Nous ne voulons pour le moment accuser personne sans preuve. Ces derniers temps, Maréchal Madou critiquait devant moi certains hommes de l’opposition », a précisé un autre de ses proches, Oumar Diakité.