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Guinée : Takana Zion interpellé lors d’une manifestation contre un troisième mandat d’Alpha Condé

L'artiste guinéen Takana Zion. © DR / Capture d'écran Facebook

L’artiste guinéen Tankana Zion, figure du reggae dans le pays, a été arrêté ce mardi 25 juillet alors qu’il participait à une marche contre l’éventualité d’un troisième mandat d’Alpha Condé à la tête du pays. En février dernier, Elie Kamano, un autre artiste, avait aussi été interpellé pour avoir protesté pour les mêmes raisons.

Le collectif « Wonkhai 2020 », qui signifie en soussou – la langue la plus parlée dans la capitale guinéenne – « En marche pour 2020 », était dans la rue ce mardi à Conakry, pour protester contre une éventuelle troisième candidature d’Alpha Condé, au pouvoir depuis décembre 2010. Le carnaval est parti de l’esplanade du Stade-du-28-Septembre, dans la proche banlieue de Conakry, pour se diriger vers le Boulevard Diallo Telli, au cœur du centre administratif de Kaloum. Soit à un kilomètre du palais présidentiel Sékhoutouréya.

C’est là qu’ont éclaté des échauffourées entre les manifestants et les services de sécurité, policiers et gendarmes répondant aux jets de pierres des manifestants par des gaz lacrymogènes.

On veut passer le message de la jeunesse dans l’amour et le respect

Dans la foulée, l’un des leaders de la manifestation, Takana Zion, artiste de reggae-dancehall a été embarqué par la police. Un jeune manifestant a également été bastonné par un groupe de gendarmes et de policiers, puis embarqué, tout comme sa moto.

« Nous sommes sortis depuis 10h, sans rien casser, ni blesser personne », réagit Djani Alfa, l’autre artiste et leader du collectif « Wonkhai 2020 ». « On veut passer le message de la jeunesse dans l’amour et le respect. Ils nous ont brutalisé et arrêté le frère [Takana Zion, NDLR]. On va aller le chercher, de manière pacifique et légale », a-t-il assuré.

Prévenir les tentations

Beaucoup prêtent au chef de l’État guinéen l’ambition de se maintenir au pouvoir au-delà de la durée prévue par la Constitution. La semaine dernière, c’était autour du reggaeman Elie Kamano de manifester contre cette éventualité.

Bilal Sow, membre du collectif « Wonkhai 2020 », semble du même avis : « Nous soutenons un groupe d’artistes qui a trouvé nécessaire de se lever pour prévenir les tentations du Professeur de vouloir briguer un troisième mandat. Nous avons organisé cette marche pacifique pour interpeller l’opinion nationale et internationale sur ce qui pourrait arriver à la Guinée si un tel scénario se concrétisait ».

Et Bilal Sow de dénoncer « les forces de l’ordre [qui] ont fait fi de nos droits à manifester : elles ont brutalement interpellé Takana Zion. Nous sommes horrifiés de la manière dont ils se sont saisis de lui. Nous recherchons son lieu de détention pour négocier sa libération ». Selon le porte-parole du Haut commandement de la gendarmerie, le colonel Mamadou Alpha Barry, l’artiste est détenu à l’escadron mobile numéro 3 de Matam, banlieue sud de Conakry.

Naissance de mouvements de soutiens

La crainte des opposants à un troisième mandat d’Alpha Condé est renforcée par la naissance de mouvements de soutien en faveur de celui-ci. Samedi 22 juillet, une manifestation de « reconnaissance à ses actions » a été organisée au Palais du Peuple de Conakry par d’autres artistes.

Le lendemain, dimanche 23, un mouvement dénommé « l’Union du Fouta pour Alpha Condé » – du nom de l’une des quatre régions naturelles de la Guinée, qui est aussi le fief de l’opposition – a organisé son baptême de feu au siège du parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel, en présence du chef de l’État et des membres du gouvernement. « Les sages du Fouta nous ont dit que quand quelqu’un devient président de la Guinée, c’est jusqu’à la fin de sa vie ! Personne ne peut l’enlever », a déclaré le porte-parole de la nouvelle structure en direction d’Alpha Condé (à 3min30 dans la vidéo ci-dessous, notamment relayée par Guineenews.org).

 

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