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Soudan du Sud : un rapport d’Amnesty International alerte sur des violences sexuelles systématiques

Par Jeune Afrique

Dans un camp de réfugiés à Bentiu, au Soudan du Sud, le 10 février 2017. © TYLER HICKS/NYT-REDUX-REA

Le rapport d’Amnesty International rendu public ce lundi 24 juillet 2017 est sans appel : à mesure que dure le conflit au Soudan du Sud, le nombre de femmes, d’enfants et aussi d’hommes violés augmente chaque année. Amnesty International appelle le gouvernement sud-soudanais et les belligérants à mettre fin à ces sévices et à ce que justice soit rendue.

Depuis le début de la guerre qui déchire le pays depuis décembre 2013, les violences sexuelles sont devenues une arme de destruction massive dans les combats que se livrent les partisans du président Salva Kiir et ceux de son rival Riek Machar. Dans son rapport intitulé Do not remain silent (« Ne reste pas silencieux »), rendu public ce lundi 24 juillet, Amnesty International met en lumière l’augmentation continue des agressions sexuelles et fait le constat de crimes particulièrement horribles dont les victimes, quand elles ont survécu à leur calvaire, sont traumatisées.

Il y avait d’autres femmes nuer qu’ils gardaient pour être leurs esclaves sexuelles

« Le capitaine a ordonné à ses soldats de choisir les filles qu’ils voulaient. Dix soldats me choisirent. Ils m’ont tous violée, deux fois chacun. Ils ont utilisé les deux côtés », raconte par exemple Nyaguene, qui retournait dans un camp de réfugiés avec cinquante autres femmes quand elles ont croisé le chemin d’un grand nombre de soldats de l’armée régulière au checkpoint de Yei Road, le 17 juillet 2016.

Nyamachar, elle, a été enlevée par un soldat à ce même checkpoint, dix jours plus tard, le 27 juillet 2016. « Il m’a poussée dans une voiture. Quand nous sommes arrivés au camp militaire, il m’a mise dans sa chambre et m’a violée plusieurs fois. (…) J’ai découvert qu’il y avait d’autres femmes nuer qu’ils gardaient pour être leurs esclaves sexuelles », se souvient-elle. Nyamachar a passé près d’une semaine dans ce camp avant qu’ils ne la libèrent.

Viols et castration pour les hommes

Les témoignages recueillis par l’ONG font état de violences sexuelles d’une extrême brutalité et de plus en plus nombreuses, années après années. Des femmes ont été violées en réunion, parfois au moyen de bâtons, mutilées au couteau, et certaines ont été tuées. Ces viols et violences ont eu lieu dans et aux abords des villages, des camps de réfugiés, à des checkpoints, parfois sous les yeux de passants, de leur mari ou de leurs propres enfants.

Si, dans la plupart des cas sur lesquels l’ONG a enquêté, des soldats de l’armée gouvernementale, souvent Dinka, s’en sont pris à des femmes nuer, des hommes ont également été victimes de violences sexuelles. Seize d’entre eux ont raconté leur calvaire aux enquêteurs mandatés par l’ONG. Certains ont été violés, d’autres castrés, d’autres ont eu les testicules transpercées par des aiguilles, la plupart du temps suite à leur arrestation et/ou à leur détention. Un jeune homme a brûlé vif après que quatre militaires de l’armée gouvernementale aient inséré de l’herbe dans son rectum.

L’appartenance ethnique perçue comme une allégeance politique

Les auteurs des crimes sexuels rapportés à Amnesty International sont des soldats de l’armée régulière du président Salva Kiir mais aussi des opposants nuer du camp de Riek Machar, qui, eux, s’en prennent à des femmes dinka ou shilluk. La plupart des victimes sont visées en raison de leur appartenance ethnique, de plus en plus perçue comme une allégeance politique – soit à l’opposition, soit au régime.

« Ils m’ont violée parce que je suis Nuer (…). Ils parlaient de ce qui s’était passé à Bor, où des femmes et des filles dinka avaient été violées et tuées par des Nuer, du groupe ethnique de Riek Machar », relate Nyaluit, violée par cinq membres des forces gouvernementales en décembre 2013.

Selon un rapport d’avril 2017 du secrétaire général des Nations unies sur les violences sexuelles en zone de conflit, il y a eu en 2016 une augmentation de 32% des cas de violences basées sur le genre perpétrées par des hommes en uniforme, comparé à 2015. Au Soudan du Sud,  les violences sexuelles et faites aux femmes auraient augmenté de 61% entre 2015 et 2016, d’après le South Sudan Protection Cluster.

Cycle de violence sans fin

Outre les graves séquelles physiques – des dommages parfois irréversibles – et l’intense détresse psychologique des victimes, qui ne sont que très peu prises en charge dans ce pays en guerre et qui sont parfois, en plus, rejetées par leurs proches, le rapport d’Amnesty International pointe la fracture sociale causée par ces exactions. L’ONG craint que les différentes composantes de la société sud-soudanaises soient irréconciliables et que le pays soit entré dans un cycle de violence sans fin. Les survivants souhaitent que leurs bourreaux soient poursuivis, d’autant plus que cela éviterait que les populations se fassent justice elles-mêmes.

Dans son rapport, Amnesty International appelle les autorités sud-soudanaises ainsi que les forces d’opposition à faire cesser ces brutalités en écartant de leurs rangs les suspects, en poursuivant les auteurs de violences ou en collaborant à des enquêtes internationales.


Le rapport d’Amnesty International Do not remain silent se base sur des entretiens réalisés avec 182 témoins et victimes qui ont survécu à leur agression advenue entre décembre 2013 et mars 2017. Ces entretiens ont été menés par dix défenseurs des droits de l’Homme sud-soudanais, en collaboration avec Amnesty International, entre octobre 2016 et mars 2017.

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