APR FC : vite redevenir numéro un du football rwandais

L'Amahoro Stadium, à Kigali. © John Green/NEWSCOM/SIPA

Fondé en 1993, le club de l’armée est aujourd’hui le plus titré du pays. Il a aussi décidé radicalement de politique sportive, en misant sur des Rwandais qu’il se charge de former.

Paul Kagamé, le président de la République du Rwanda, est un grand amateur de football, qui n’a jamais caché sa sympathie pour la formation anglaise d’Arsenal. Mais avant de s’installer dans le fauteuil présidentiel en mars 2000, il a très activement participé à la création du club de l’Armée Patriotique Rwandaise Football Club (APR FC) en 1994 alors que le pays sort de la guerre civile et du génocide auquel le Front patriotique rwandais (FPR), dont Paul Kagamé est l’homme fort, a mis un terme.

« L’APR FC a intégré le championnat national juste après la guerre. À l’échelle du Rwanda, c’est le club qui dispose des moyens les plus importants », résume Adolphe Kalisa, le secrétaire général de l’APR FC. En vingt-trois ans d’existence, le club de la capitale est devenu le plus titré du pays, avec seize titres de champions – le premier dès 1995 – huit Coupes du Rwanda et trois Coupe Kagamé, une compétition réunissant plusieurs équipes d’Afrique de l’Est. « APR a détrôné au niveau du palmarès Rayon Sports FC, situé à Nyanza. Mais c’est malgré tout ce dernier qui reste le plus populaire, même si APR a gagné des supporters. Rayon Sports, c’est le club du peuple, il est beaucoup plus ancien (1968), intervient le Français Richard Tardy, ancien sélectionneur des moins de 17 ans et des moins de 20 ans et ex directeur technique national du Rwanda (2010-2013).

Joueurs semi-professionnels

APR FC, dont les joueurs sont semi-professionnels, est celui qui propose les salaires les plus attractifs du pays – 400 000 francs rwandais (430 €), hors primes et avantages – n’a cependant jamais fait d’étincelles sur la scène africaine. Une situation qui a poussé le président Jack Musemakweli et les dirigeants à modifier en profondeur la politique sportive du club, autant par nécessité économique que par philosophie.

« Par le passé, on recrutait régulièrement des joueurs étrangers. Nous avons décidé de faire confiance à des joueurs locaux. Ainsi, nous allons former des jeunes qui seront à terme intégrés à l’équipe A », poursuit Kalisa. APR FC, qui espère à terme obtenir des résultats plus probants en coupes d’Afrique, s’est donc appuyé sur un effectif 100 % rwandais lors du championnat 2017. Que Rayon Sports a remporté…


Mulisa de retour

Jimmy Mulisa (34 ans) a commencé sa carrière de joueur à APR FC en 2002. Il a quitté le club de la capitale en 2005, pour un grand voyage qui l’a mené au Vietnam, en Roumanie, en Belgique, en Thaïlande, au Kazakhstan et en Malaisie. L’ancien attaquant international (37 sélections, 21 buts), un des rares Rwandais à avoir fait une carrière honorable à l’étranger, est donc revenu dans le club de ses débuts pour s’installer sur le banc de touche. « On a eu pas mal d’entraîneurs étrangers : le Néerlandais Ernie Brandts, le Serbe Ljubomir Petrovic, le Monténégrin Zavisa Milosavljevic, le Camerounais Jean-Paul Akono », énumère Adolphe Kalisa.

« Nous avons décidé de faire confiance à un effectif rwandais, mais pour les entraîneurs, il est tout à fait possible qu’on refasse un jour appel à un étranger. Pour l’instant, nous misons sur Mulisa. » Pour ses débuts, l’entraîneur anglophone originaire de Kigali n’a pas pu offrir un dix-septième titre à APR FC, qui a terminé malgré tout deuxième du championnat. Une performance honorable pour un coach qui n’avait pas débuté la saison et qui s’est appuyé sur une équipe plutôt jeune. Mais il n’ignore pas que les supporters et les dirigeants attendront autre chose. Son âge et son inexpérience ne seront plus des excuses recevables…