Nigeria : l’armée blâme une erreur de « marquage » après le bombardement d’un camp de déplacés

Par AFP

Le camp de déplacés bombardé par erreur par l'armée nigériane dans la ville de Rann dans le nord-est du Nigeria le 17 janvier 2017. © Medecins Sans Frontieres/AP/SIPA

L'armée nigériane a affirmé vendredi que le bombardement ayant accidentellement tué 112 civils en janvier dans un camp de déplacés du nord-est était dû à une erreur de "marquage", estimant que les déplacés n'étaient pas censés se trouver à cet endroit.

Le 17 janvier, des avions de chasse avaient frappé le camp de Rann, dans le nord-est du Nigeria, pendant que des organisations humanitaires distribuaient de la nourriture aux personnes déplacées fuyant les violences du groupe jihadiste Boko Haram.

La hiérarchie militaire avait à l’époque qualifié d' »accidentel » le bombardement meurtrier, dans lequel près de 100 personnes, dont beaucoup de femmes et d’enfants, ont également été blessées.

La commission d’enquête de l’armée de l’air chargée de faire la lumière sur ce drame était censée publier son rapport en février.

Le porte-parole de la Défense, le major général John Enenche, n’a pas donné d’explications concernant les six mois de retard pris. Mais dans une brève déclaration, il a blâmé le « manque de marquage approprié de la zone » du bombardement, lors d’une conférence de presse vendredi à Abuja.

« L’emplacement ne figurait pas sur la carte opérationnelle (de l’armée, NDLR) en tant que base humanitaire », a-t-il affirmé à propos de ce camp, pourtant géré par l’armée, qui abritait entre 20.000 et 40.000 personnes.

« Les gens n’étaient pas censés se rassembler dans ce lieu », selon M. Enenche, qui a ajouté que les personnes déplacées s’étaient massées « près du camp » et non dedans.

À l’époque, des sources humanitaires avaient pourtant affirmé que la première bombe avait atterri à quelques mètres du bureau de la Croix-Rouge, à l’intérieur du camp. Six travailleurs de la Croix-Rouge nigériane avaient été tués.

Le responsable militaire a affirmé que les combattants de Boko Haram, actifs dans cette zone du nord de l’Etat de Borno, se rassemblent de manière similaire avant d’attaquer des civils.

« Par conséquent, il est apparu que ce lieu pourrait très bien être utilisé pour les activités ennemies », a-t-il dit. « Lorsque le mouvement de masse a été détecté grâce à l’observation aérienne par satellite, on a cru qu’il s’agissait d’une activité terroriste de Boko Haram, qui devait être neutralisée rapidement », a-t-il poursuivi.

L’armée nigériane contrôle l’accès des médias aux camps de déplacés à travers tout l’Etat du Borno et fournit une assistance aux organisations humanitaires qui y travaillent.

Les journalistes ont été autorisés à visiter de nombreux camps dans la région, mais jusqu’à maintenant aucune autorisation n’a été accordée pour se rendre à Rann.

Dans un communiqué reçu par l’AFP vendredi soir, l’organisation Médecins sans frontières (MSF), présente à Rann, s’est dite « extrêmement préoccupée par la déclaration de l’armée nigériane ».

« On ignore toujours pourquoi les principes de distinction, de précaution et de proportionnalité du droit international humanitaire ont été bafoués, entraînant une perte considérable de vies civiles, dont la plupart étaient des femmes et des enfants », selon MSF.

« Cette attaque dans une zone densément peuplée, où des activités humanitaires et des distributions d’aide avaient lieu, soulève de nombreuses questions ».

« Le camp des déplacés était contrôlé et avait été enregistré par l’armée dans l’Etat de Borno, et la distribution que MSF organisait était menée au su de l’unité militaire nigériane sur le terrain, située à environ 400 mètres du lieu où l’attaque s’est produite », affirme l’organisation.

MSF a appelé « les autorités nigérianes à s’assurer que la conduite des hostilités limite l’impact sur la sécurité des civils ».