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Le tabagisme va exploser en Afrique à l’horizon 2025, selon l’OMS

Femme africaine fumant la pipe. © Valeria Rodrigues/CC/Pixabay

Longtemps épargné par les cancers du poumon et autres maladies liées au tabac, le continent africain est à son tour touché par les méfaits du tabagisme. De plus en plus de gouvernement tente de s’organiser, à l'image du Sénégal, très engagé dans cette lutte. Dans un rapport publié le 19 juillet, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que le tabagisme va exploser dans les 10 prochaines années.

Depuis une dizaine d’années, la cigarette est entrée dans les mœurs et la vie quotidienne africaine. Les industries du tabac y font des campagnes de marketing massif : sponsoring d’événements sportifs, culturels ou politiques. Les lobbys des industries du tabac ont réussi à s’imposer en Afrique. C’est dans les années 1980 que les industries du tabac décident d’investir le continent. Les marchés en Occident deviennent alors moins rentables, et les premières campagnes anti-tabac voient le jour… L’Afrique est une vue comme un nouveau marché à conquérir.

On estime aujourd’hui à 77 millions le nombre de fumeurs en Afrique, et l’OMS prévoit que, d’ici à 2025, ces chiffres augmenteront de près de 40% par rapport à 2010. Soit la plus forte augmentation observée à l’échelle mondiale. L’institution des Nations unies prédit qu’en 2025, les taux de tabagisme augmenteront dans 17 des 30 pays d’Afrique.

Dans certains pays, les projections de l’OMS prévoient des hausses massives. C’est le cas au Congo-Brazzaville, qui passerait selon ces chiffres de 13,9% de fumeur à près de la moitié de la population (47,1%). Le Cameroun fait également parti des pays où la progression du tabac pourrait être la plus importante, passant de 13,7% à 42,7% de la population accroc à la nicotine. En Sierra Leone, les projections de l’OMS font craindre que 41,2% de la population fumera en 2030. Un chiffre qui passe à 74% chez les hommes.

 

L’exemple du Sénégal : de la loi à la réalité 

Dans son rapport, l’OMS constate également – pour s’en féliciter – que davantage de pays ont mis en œuvre des politiques de contrôle du tabac. L’agence cite notamment le cas du Tchad, de Maurice et du Sénégal. Dans ce dernier pays, une loi de 2014 – dont les décrets n’ont été publiés qu’en 2016 – interdit le tabac dans les lieux publics. La vente de tabac est par ailleurs interdit aux mineurs, et ne peut théoriquement se faire à moins de 200 mètres d’un établissements scolaire. La loi prévoit également l’interdiction de toute publicité directe ou indirecte pour le tabac.

Le Dr Oumar Ba, Coordinateur national de la lutte contre le tabac au ministère de la Santé et de l’Action sociale, souligne que l’Afrique est plus fortement touchée par les maladies liées au tabac. Pire, elles touchent les populations jeunes : « Que ce soit le cancer, les maladies respiratoires, ces maladies sont développées très tôt, vers 30 ans », s’indigne Ouma Ba. Lors de la dernière enquête portant sur la consommation nationale de tabac au Sénégal,  le ministère sénégalais de la Santé et de l’Action sociale a recensé plus de 2,5 millions fumeurs réguliers, soit 11% de la population.

Il faut des sanctions, il faut un suivi, et il faut sanctionner les récidivistes. Depuis l’adoption de la loi, en 2014, rien de tout cela n’a été fait

Le Dr Oumar Ba affirme également que l’adoption la loi anti-tabagisme a eu un effet indirect sur les principales sociétés qui en font commerce : « Nous avons Imperial Tobacco, Philippe Morris et d’autres… Mais depuis que l’on a voté la loi, les industries du tabac ne s’installent plus ici. » Mais même sur le plan économique, le Dr Oumar Ba l’assure : mieux vaut perdre ces sociétés, car « lorsque quelqu’un tombe malade à cause du tabac, cela coûte énormément d’argent : c’est un poids pour la société, il y a un coût direct et indirect ». Le ministère sénégalais de la Santé et de l’Action sociale a également prévu de présenter bientôt de nouveaux paquets de cigarettes, avec de nouvelles photos, et des messages de préventions.

Selon le Dr Fatma Guemoune, membre de la Ligue sénégalaise contre le cancer, cette loi n’a cependant pas été appliquée pleinement. « Il faut des sanctions, il faut un suivi, et il faut sanctionner les récidivistes. Depuis l’adoption de la loi, en 2014, rien de tout cela n’a été fait », s’indigne-t-elle. Elle estime en revanche que cette loi peut, si elle est appliquée, « changer les choses à long terme ». Et d’ajouter : « Ce que l’on parvient à faire, c’est sensibiliser les jeunes : et c’est concluant. »

Avec plus de 7 millions de morts par an, la consommation de tabac est la première cause évitable de mortalité dans le monde. Ses coûts économiques sont également énormes, totalisant plus de 1400 milliards de dollars en dépenses de santé et perte de productivité, constate l’OMS. Le tabagisme est l’un des facteurs de risque les plus fréquents pour les maladies non transmissibles, qui tuent 40 millions de personnes par an, soit 70% du total des décès dans le monde, dont 15 millions de personnes âgées de 30 à 69 ans. Et plus de 80% de ces décès «prématurés» sont observés dans les pays aux revenus faibles ou intermédiaires, constate l’OMS.