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Ressources naturelles africaines : matières premières pour développement secondaire

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L'Oeil de Glez © Glez / JA

Un nouveau rapport confirme que les ressources naturelles africaines, souvent abondantes, ne profitent pas assez aux populations. Qui en bénéficie ? Et qui bénéficie du rapport ?

Parfois, les clichés les plus tenaces tiennent leur résistance d’un fondement de vérité. Luttons contre le « tous pourris », particulièrement usités à propos des gouvernants africains, mais ne boudons pas quelques lapalissades, aussi lapidaires soient-elles. « L’Afrique est moins pauvre qu’on le dit ? » Sans nul doute, le continent est l’une des zones de la planète les plus riches en matières premières. « Les populations profitent insuffisamment de ces richesses ? » Le truisme est mis en lumière par les expériences pétrolifères du Tchad, les aventures radioactives du Niger ou les errements miniers de la République démocratique du Congo.

« Les hommes de pouvoir sont responsables de cet état de fait ? » Le nouveau rapport de l’ONG NRGI est loin de nier cette assertion… Depuis plusieurs années, le Natural Resource Governance Institute ausculte la gestion publique des matières premières. Il vient de publier son nouvel indice de la gouvernance des ressources naturelles. Le verdict est sans appel pour l’Afrique : alors que le continent est chanceux, en matière de richesses souterraines, il occupe sept places parmi les dix dernières d’un classement qui répertorie 81 pays.

Où s’écoule alors le précieux liquide des vaches à lait ? Manifestement peu dans les circuits de développement

La disproportion entre la richesse moyenne des sous-sols et la pauvreté des citoyens qui vivent sur ledit sol est parfois si frappante que la bénédiction géologique devient une malédiction, par le biais de la corruption ou des prédations. Alors que les surcharges pondérales de certains dirigeants se précisent et que les Etats peinent à varier leurs sources de revenus, la contribution officielle du secteur dans les budgets nationaux apparaît très faible. Dans la plupart des pays africains, le rapport de NRGI l’évalue à environ 25%.

Où s’écoule alors le précieux liquide des vaches à lait ? Manifestement peu dans les circuits de développement. Même si l’ONG reconnaît des progrès en matière de gestion des ressources naturelles, elle en appelle toujours à plus de transparence, notamment en ce qui concerne les procédures administratives, la rédaction des contrats internationaux ou les études d’impact sur l’environnement. Bien souvent, les lois vertueuses ne sont appliquées que timidement.

La Guinée, l’anti-héros

Avec 38 points sur 100, l’un des anti-héros du nouveau rapport de NRGI est la Guinée où la réforme du code minier n’aurait pas empêché un manque flagrant d’informations et où les entreprises guinéennes – a fortiori les citoyens – ne profitent pas encore suffisamment du secteur.

Le « berger » guinéen n’a pas manqué de répondre à la « bergère » non gouvernementale. Le 13 juillet dernier, dans un long communiqué, le gouvernement de la Guinée protestait vigoureusement contre le dernier rapport sur l’indice de gouvernance des ressources naturelles, le qualifiant de globalement « déphasé », de « contraire à l’orthodoxie » en matière de démarche et d’« inexact » sur certains points.

Pour une fois, les relents patriotiques des politiciens calculateurs peuvent compter sur le soutien de quelques acteurs altermondialistes. Ceux-ci soulignent que NRGI fut créé en 2006 dans le cadre de fondations de l’autoproclamé philanthrope George Soros. Certains activistes aiment développer la thèse selon laquelle le milliardaire américain, par ses critiques dangereuses pour la souveraineté nationale des États, jouerait le jeu des cartels occidentaux du pétrole et des minerais stratégiques. De quoi faire diversion…

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