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Crise du Golfe : les anti-Qatar revoient leurs exigences à la baisse

Le roi d'Arabie saoudite Salmane Ben Abdel Aziz, le 6 juin 2017. © AP/SIPA

Intrigues, tensions, faux pas, crises de nerfs, rebondissements... La dispute qui oppose depuis le 23 mai le Qatar à ses ennemis émiratis, saoudiens, bahreïnis et égyptiens aurait tout d’un vaudeville si elle ne venait pas aggraver des tensions déjà paroxystiques au Moyen-Orient.

Dernier développement ce 19 juillet, quand les 13 exigences exorbitantes rejetées par le Qatar le 24 juin ont été ramenées à l’observation de 6 principes bien plus vagues et facilement acceptables par Doha. Car le camp anti-Qatar se retrouve dans une bien mauvaise passe où il s’est précipité seul, sûr de sa force et d’une victoire rapide.

Le petit émirat résiste − il peut compter sur ses alliés −, trouve des soutiens et parvient à déjouer le blocus. À l’inverse, les révélations s’accumulent sur les menées de ses adversaires dont l’emballement, apparemment soudain, serait en fait un complot prémédité aux Émirats, selon le Washington Post qui citait des sources du renseignement américain le 16 juillet. D’après celles-ci, c’est d’Abou Dhabi qu’aurait été mené le piratage informatique ayant permis aux anti-qataris d’accuser l’émir Tamim Al-Thani de sympathies ouvertes pour l’Iran et les Frères musulmans.

La fourberie exposée discrédite la posture moralisatrice des ennemis de Doha. Pire, alors que Riyad a accusé le Qatar de complicité avec le terrorisme jihadiste, le Journal du dimanche français a publié le 14 juillet une enquête approfondie expliquant comment des milliers d’armes retrouvées dans les stocks abandonnés par Daech en Irak et en Syrie auraient été acquises depuis l’Arabie saoudite, dans les Balkans.

Mohammed Ibn Nayef était opposé à l’embargo sur le Qatar

Le 18 juillet, c’est le New York Times qui faisait la narration de la houleuse nomination du jeune prince Mohammed Ibn Salman à la place d’héritier de la couronne saoudienne qu’occupait son puissant oncle Mohammed Ibn Nayef. La passation du 21 juin avait été présentée comme fluide et acceptée avec grâce. Mais l’on apprend dans l’article du journal américain qu’Ibn Nayef, convoqué sans explication au palais royal de La Mecque, s’est absolument opposé à cette décision. Soumis toute une nuit aux pressions royales, le prince à la santé fragile a fini par céder faisant allégeance au nouvel héritier devant les caméra avant d’être envoyé, en palais surveillé, à Jeddah.

Ennemi de l’homme fort d’Abou Dhabi, le prince Mohammed Ibn Zayed qui tient le prince Ibn Salman sous son influence, Ibn Nayef « était opposé à l’embargo sur le Qatar, une position qui a sans doute accéléré son évincement », ont confié deux hauts responsables américain et saoudien au New York Times.

Tel est pris qui croyait prendre

Illustrée depuis 2 ans par la guerre ravageuse menée au Yémen, la brutalité des méthodes déployées par le nouvel exécutif saoudien se confirme dans tous les domaines et Doha, qui a parfois tendu le bâton pour se faire battre, apparaît aujourd’hui en victime.

Des commentateurs connus pour leur hostilité au Qatar en viennent même à prendre sa défense

Des commentateurs connus pour leur hostilité au Qatar en viennent même à prendre sa défense. Et si Donald Trump − dont la visite en Arabie saoudite à la veille de l’ouverture des hostilités a enhardi les conjurés − a tweeté quelques formules de soutien, la signature d’un contrat d’armement pour 12 milliards de dollars entre le Pentagone et l’émirat le 14 juin puis celle d’un accord antiterroriste entre le Secrétaire d’Etat Rex Tillerson le 12 juillet et son homologue qatari semblent montrer une administration américaine plus encline à soutenir Doha que ses adversaires.

Tel est pris qui croyait prendre. Les assiégeants se retrouvent aujourd’hui isolés et le petit Qatar en position de force. Saisira-t-il l’occasion de transformer cet avantage en victoire morale et diplomatique, offrant à ses ennemis la possibilité d’un retrait honorable ?

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