Mali : Sy Kadiatou Sow et « Antè A Bana » contre la réforme constitutionnelle voulue par IBK

Sy Kadiatou Sow, co-fondatrice et présidente de la plateforme Antè A Bana (Touche pas à ma Constitution). © Capture d'écran Youtube

Une des figures de proue de l'opposition au projet de changement de Constitution proposé par le président malien Ibrahim Boubacar Keïta est une routarde de la vie politique, qui connaît aussi bien les coulisses du pouvoir que les manifestations de rue.

« Bien sûr, je n’ai rien contre la personne d’Ibrahim Boubacar Keïta, au contraire, je le connais très bien : j’ai été sa ministre ! », s’amuse Sy Kadiatou Sow, co-fondatrice et présidente de la plateforme Antè A Bana – qu’on peut traduire par Touche pas à ma Constitution -, créée début juin, présidente de l’association Adema et « militante de la base du Parti africain pour la solidarité et la justice », comme elle définit spontanément. À 62 ans, Sow semble heureuse de revenir à un militantisme d’opposition, combatif et au contact de la jeunesse.

Souvenirs d’opposition

Aujourd’hui, elle prend la tête de manifestations de milliers de citoyens, opposés à la réforme constitutionnelle proposée par Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Le référendum voulu par le président, initialement prévu pour le 9 juillet 2017, a déjà été reporté une première fois, sans qu’une nouvelle date ne soit fixée. Qu’à cela ne tienne, la charismatique Kadiatou Sow continue de courir les meetings et se prête avec plaisir à d’intenses débats avec les plus jeunes militants d’Antè A Bana. « Ça me rappelle un peu ma jeunesse », lâche-t-elle sur un ton enjoué.

Dans les années 1980, après des études à Paris où elle a fréquenté les mouvements syndicalistes français et milité avec les associations d’étudiants maliens, elle rejoint le Parti malien du travail (PMT), de gauche et favorable à une ouverture démocratique, alors que le président Moussa Traoré reste maître du jeu politique. Une expérience qui suscite des réactions disparates dans les rangs des militants souvent jeunes de la plateforme Antè A Bana, pensée peu ou prou sur le modèle d’autres mouvements contestataires ouest-africains comme le mouvement sénégalais Y’en a marre. « Certains sont contents d’être emmenés par une personnalité crédible, d’autres se disent que c’est dommage qu’inlassablement, ce soient les anciens qui tiennent le gouvernail. Une personne vierge politiquement aurait été préférable je pense », concède un militant de la première heure et qui a aidé à lancer le mouvement.

Ouvrir « Antè A Bana »

Aujourd’hui, Kadiatou Sow veut ouvrir la plateforme, dont elle concède elle-même qu’une partie du nom « Touche pas », n’est pas à prendre au pied de la lettre. Selon elle, l’idée de réforme est bien sûr valable, mais les modalités, l’agenda et les changements proposés par le président ne conviennent pas. Avec un langage tranché mais propice aux compromis, flanquée de constitutionnalistes comme le professeur Bréhima Fomba, elle pense pouvoir attirer jusqu’à des déçus du Rassemblement pour le Mali (RPM), le parti d’IBK. C’est l’une des forces de cette opposante de choc à la réforme constitutionnelle : elle connaît celui à qui elle s’oppose aujourd’hui, d’autant plus qu’il est lui-même passé par le Parti africain pour la solidarité et la justice.

IBK ne l’a pas reçue depuis le lancement de la plateforme…

Son expérience politique l’a conduite à diriger plusieurs ministères après avoir été première femme gouverneure du Mali, dans la foulée de ce qu’elle appelle « la révolution de mars 1991 ». Lorsque IBK est Premier ministre, entre 1994 et 2000, elle est en charge de l’Urbanisme et de l’Habitat. Si IBK ne l’a pas reçue depuis le lancement de la plateforme, Kadiatou Sow continue de rester ouverte au dialogue et prend soin de ne pas s’enfermer dans le rôle de l’opposante intraitable ou dans la seule question de la réforme constitutionnelle. Lors des discussions de la Conférence d’entente nationale en avril dernier, elle a tâché de s’illustrer en restant une force de proposition constructive… Dans le souci de se ménager un avenir présidentiel ? « Ce n’est pas du tout à l’ordre du jour pour le moment », assure-t-elle.

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