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La transformation de notre agriculture doit être menée de manière participative

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Directeur du Programme détaillé du développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA) de l’agence du NEPAD.

Site écotouristique du Bagrépôle, dans le Boulgou (région du Centre-Est). © RENAUD VAN DER MEEREN/EDJ

Un récent rapport co-signé par trois ONG critique les pôles de croissance agricole comme source d’insécurité alimentaire en Afrique. Si tout n’est évidemment pas parfait, l’agence du Nepad soutient que les agropoles restent des éléments de réussite pour la croissance agricole africaine.

Le rapport, co-signé par trois ONG et intitulé « Agriculture africaine : l’impasse des pôles de croissance agricoles », concentre les critiques habituelles contre toute modernisation des politiques agricoles : manque de consultation des populations locales, problèmes liés à la question foncière et accroissement des risques environnementaux et sanitaires.

Ces questions très complexes méritent un petit détour historique. Depuis sa création en 2001, le Nepad (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique) a placé le développement de l’agriculture et la sécurité alimentaire au cœur de son action.

Lors du sommet de l’Union Africaine (UA) en 2003 à Maputo, le Programme détaillé pour le développement agricole de l’Afrique (PDDAA) a notamment été mis en place autour de trois axes essentiels : la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la création d’emplois et la croissance socio-économique durable.

Jamais nous n’avons été contraints de choisir entre petites, moyennes et grandes exploitations

Afin d’atteindre l’objectif de 6% de croissance du PIB agricole, le PDDAA préconisait une allocation de 10% des dépenses publiques dans le secteur agricole. À Maputo comme à Malabo, l’indispensable complémentarité entre petits exploitants et grandes entreprises agricoles pour la réussite du PDDAA a été mise en exergue.

Jamais nous n’avons été contraints de choisir entre petites, moyennes et grandes exploitations. Pour nous, elles sont toutes complémentaires. L’Afrique en a également besoin.

L’échec d’un continent au potentiel immense

Rappelons d’abord qu’il est difficile de parler d’agriculture africaine tant il y a en réalité des agricultures africaines qui diffèrent les unes des autres en fonction de la structure des économies, de la démographie, de la dynamique des marchés mondiaux, des accords internationaux sur le commerce et des ressources naturelles.

Toutefois, certains chiffres illustrent bien l’échec de notre continent à mener sa transition agricole et à produire suffisamment pour nourrir ses habitants, dont le nombre croît toujours plus vite.

L’agriculture emploie aujourd’hui 61% des Africains et ne représente pourtant que 25% du PIB du continent. Ce déséquilibre flagrant se reflète dans nos 35 milliards de dollars d’importations nettes de denrées alimentaires chaque année, chiffre qui pourrait passer à 100 milliards d’ici à 2025. Un paradoxe alors que l’Afrique possède 65% des terres arables non-cultivées à la surface de la terre.

Une transformation agricole impérative

La transformation de notre agriculture n’est donc pas tant un impératif industriel qu’humain alors que près de 23% des habitants d’Afrique subsaharienne souffrent encore de la faim.

Dans le cadre du plan « Nourrir l’Afrique » de la BAD à l’horizon 2025, les agropoles sont au cœur de la transformation agricole du continent. Ces pôles de croissance agricole mettent en place des chaînes de valeurs intégrées pour capter une plus grande part de la valeur ajoutée et garantir l’autosuffisance régionale pour certains produits de base, tout en créant plus d’emplois et de revenus pour les femmes et les jeunes.

Différents leviers sont actionnés pour permettre la réussite de ce plan : facilitation de l’accès aux financements, développement des infrastructures, réglementation favorable et importance accordée à l’inclusion des acteurs le long des chaînes de valeur et à la durabilité des systèmes alimentaires.

Des investissements privés responsables

La transformation structurelle de notre agriculture doit évidemment être menée de manière inclusive et participative, à l’image du fonctionnement du réseau de partenaires Grow Africa que nous travaillons en ce moment à consolider.

Cette initiative, qui regroupe acteurs publics africains, entreprises agricoles internationales et nationales, petits agriculteurs et autre acteurs non-étatiques, travaille à accroître les investissements responsables du secteur privé dans l’agriculture.

L’objectif de ce partenariat original est de permettre aux pays de réaliser le potentiel du secteur agricole pour la croissance économique et la création d’emplois, en particulier parmi les agriculteurs, les femmes et les jeunes.

Ainsi, les gouvernements sont appelés à concevoir des façons innovantes de diversifier les revenus des agriculteurs le long d’une chaîne de valeur au-delà du produit primaire. Les producteurs de thé, par exemple, pourraient obtenir un revenu supplémentaire lié à la rentabilité de l’usine de thé.

L’investissement dans ces pôles de croissance ne doit pas pénaliser les équilibres territoriaux

Avec Grow Africa, l’agence du Nepad a posé comme principe fondamental l’intangibilité de la propriété foncière des petits agriculteurs. L’investissement dans ces pôles de croissance ne doit pas pénaliser les équilibres territoriaux. Ils doivent également éviter l’élargissement de l’écart des revenus pour prévenir l’instabilité sociale.

C’est pourquoi nous recommandons que les règles édictées par la FAO dans le guide d’orientation pour la promotion des investissements responsables dans l’agriculture soient suivies à la lettre. En parallèle, nous incitons les organisations paysannes à être actives dans la promotion des intérêts économiques des agriculteurs.

Elles sont déjà signataires des pactes PDDAA nationaux fixant les options prioritaires d’investissement dans le secteur agricole. Elles font également partie des revues sectorielles conjointes nationales, elles-mêmes socles du mécanisme que nous avons récemment lancé pour conduire la revue biennale sur les engagements de Malabo dans notre effort de généralisation d’une culture de la reddition des comptes.

L’exemple nous vient d’Orient

En Asie du Sud-Est, l’agriculture a été traitée comme un secteur commercial parmi d’autres. Le développement des pays de la zone s’est appuyé en partie sur une industrie agroalimentaire dynamique.

L’Inde, qui a mené une révolution verte pendant dix ans, possède 3% des terres arables mondiales et nourrit pourtant aujourd’hui près de 17% de la population mondiale.

L’Afrique a un potentiel immense qui ne demande qu’à être mis en valeur. À nous, Africains, de tirer les leçons des différentes expériences menées à travers le monde et de les adapter à nos agricultures.

Une révolution agricole est nécessaire en Afrique pour la rendre plus productive et compétitive. Elle doit pour cela être guidée, entre autres, par des principes d’inclusivité et de durabilité lui permettant d’être riche en création d’emplois et respectueuse de l’environnement. La voie du succès est exigeante, mais c’est définitivement celle pour laquelle le Nepad s’engage.

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