Afrique du Sud : le « Mandela Day » entre voyeurisme et politicaillerie

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L'oeil de Glez. © Glez / J.A.

Alors que Nelson Mandela aurait fêté ses 99 ans, ce mardi, sa mémoire est cernée de curiosité malsaine, de manigances politiques et de merchandising. Les gardiens du temple ne sont pas ceux que l’on croit.

Nelson Rolihlahla Mandela aurait eu un siècle moins un an, ce 18 juillet 2017. Nul doute que les commémorations les plus fastueuses attendront l’année prochaine. Mais « Madiba » est si présent dans l’esprit des Sud-Africains que le « Mandela Day », parrainé par les Nations unies depuis 2009, est toujours l’occasion de diffuser quelques bons sentiments. Des bons sentiments qui ne semblent jamais mièvres, quand il s’agit de l’ancien président de l’Afrique du Sud.

À l’occasion de cette « Journée internationale Nelson Mandela », les Organisations non gouvernementales (ONG) suggèrent à tous les citoyens du monde de consacrer 67 de leurs minutes à la lutte contre la pauvreté ; et d’en prendre l’habitude, d’ailleurs, au-delà de cet anniversaire. « Faites de tous les jours un Mandela Day », exhortent nombre de pages d’accueil de sites web. Sur un terrain plus politico-nostalgique, les deux anciennes « first ladies », Graça Machel et Winnie Mandela, mobilisent « Les Anciens » pour une marche…

Inégalités criantes

La nostalgie ne saurait suffire, tant les inégalités sont toujours criantes en Afrique du Sud. Même les défiances interraciales ne semblent pas périmées. Il y a quelques jours, la localité d’Orania, peuplée à 97% de Blancs, revendiquait à nouveau son statut d’enclave blanche, envisageant de se doter de sa propre monnaie électronique. Et que dire que des gardiens officiels du temple ? Le Congrès national africain (ANC), ancien fer de lance du combat de Mandela, exhibe ses guerres intestines, en vue de l’élection présidentielle de 2019, tandis que l’image du chef de l’État, Jacob Zuma, est écornée par d’interminables scandales de corruption.

L’héritage du prix Nobel de la Paix 1994 a-t-il été gaspillé ? La réponse à cette question intéressera peut-être moins que les sempiternelles anecdotes commercialisées. Vejay Ramlakan, médecin personnel de Madiba jusqu’à sa mort, publie ses souvenirs dans un ouvrage intitulé Les dernières années de Mandela. Et les médias de propulser en titraille les plus croustillantes des « bonnes feuilles ». Un jour de juin 2013, une ambulance prend feu. Elle transporte Nelson Mandela de son domicile de Johannesburg à un hôpital spécialisé en cardiologie. Le héros de la lutte anti-apartheid en sort indemne. En décembre, peu de temps après son décès, une caméra d’espionnage est découverte dans la morgue où reposait sa dépouille. Trois autres avaient déjà été trouvées dans la maison familiale et au cimetière proche de Qunu. Voilà donc l’indiscrétion des vidéastes de l’époque relayée par le voyeurisme des lecteurs d’aujourd’hui…

Doit-on se résigner à voir le souffle idéologique de l’ancien président dilué dans ces expressions triviales du souvenir ? Depuis février dernier, la Fondation Mandela mène des activités qui promeuvent l’éducation, l’art et le sport, notamment dans les quartiers les plus défavorisés. À l’occasion du centenaire de 2018, les élèves de primaire seront invités à écrire des lettres à leur ancien président, missives qui seront compilées dans un livre. Ça, au moins, c’est sain et concret.