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Maroc : les autorités interdisent une manifestation à Al-Hoceïma

Par Jeune Afrique avec AFP

Depuis l'arrestation du leader de la contestation, Nasser Zefzafi, le 29 mai, les manifestations sont quotidiennes à Al-Hoceïma. D'autres villes ont été le théâtre de manifestations, comme Rabat, ici le dimanche 11 juin 2017. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Une manifestation prévue jeudi 20 juillet à Al-Hoceïma a été interdite ce lundi par les autorités marocaines. La région est l'épicentre d'un mouvement de contestation qui secoue depuis neuf mois le nord du Maroc.

« Il a été décidé de ne pas autoriser la tenue de cette marche », a indiqué lundi 17 juillet la préfecture locale dans un communiqué, relayé par l’agence de presse officielle MAP. Une décision justifiée par l’absence de « déclaration » de manifestation et une marche « de nature à porter atteinte au droit de la population à un climat sécuritaire serein ». 

À l’origine, cet appel à manifester avait été lancé par Nasser Zefzafi, le chef de file du Hirak (« la mouvance », nom donné au mouvement de contestation, NDLR), avant son incarcération fin mai. Ce qui ne l’a pas empêché d’être relayé sur les réseaux sociaux, malgré l’arrestation de la quasi-totalité des figures de la protestation. 

La préfecture a appelé « les organisateurs potentiels à se conformer à cette décision » et a prévenu que « toutes les mesures nécessaires » avaient été prises pour son application. Les organisateurs, eux, évoquent une marche pacifique, destinée à exiger la libération des prisonniers du Hirak, à protester « contre la répression » et à « maintenir le combat populaire contre le makhzen (le pouvoir) ». Elle était prévue alors que de nombreux Rifains résidant en Europe, qui affichent un fort soutien au Hirak, sont de retour au pays pour les vacances.

Une tension toujours palpable

La colère demeure palpable dans la province d’Al-Hoceïma, neuf mois après la mort d’un vendeur de poissons, broyé accidentellement dans une benne à ordures. Les manifestations se sont succédé pour exiger le développement de cette région historiquement frondeuse, que ses habitants jugent marginalisée. 

L’annonce de la relance par l’Etat d’un vaste plan d’investissements et de chantiers d’infrastructures n’a toutefois pas suffi à désamorcer la colère. Durant le mois de mai, la plupart des figures du mouvement ont été arrêtés par la police, tandis que se multipliaient les heurts avec les forces de l’ordre.

Selon un dernier bilan officiel, 176 personnes ont été placées en détention préventive. Cent-vingt sont actuellement jugées, dont certaines en liberté provisoire. Des peines allant jusqu’à 20 mois de prison ont été déjà prononcées en première instance.

La tension est retombée d’un cran en juillet avec le retrait des policiers de lieux publics emblématiques à Al-Hoceïma, une mesure décidée en signe d’apaisement, selon les autorités locales. Mais le mouvement perdure, avec la poursuite d’attroupements improvisés de jeunes sur les plages.