Fermer

Baccalauréat : « En Guinée, nous sommes en train de moraliser l’épreuve »

Des étudiants guinéens révisent à la lueur des lampadaires, en 2007 à Conakry. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Le baccalauréat a longtemps traîné une image sulfureuse en Guinée. Le ministre de l'Enseignement pré-universitaire assure que des mesures sont prises pour lutter contre la fraude.

Fuites des sujets, achats de notes, substitution des candidats… L’épreuve du baccalauréat en Guinée était marquée chaque année par de nombreuses irrégularités, faisant parfois passer l’obtention du précieux diplôme pour un vaste trafic organisé.

Alors que 95 000 candidats viennent tout juste d’achever les dernières épreuves de la cuvée 2017 du bac guinéen, ce mardi 11 juillet, Ibrahima Kalil Konaté, le ministre de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation nommé en février, garantit à Jeune Afrique que, désormais, la fraude est marginale.

Jeune Afrique : Quelle a été l’ampleur de la fraude cette année ?

Ibrahima Kalil Konaté : Très limitée. D’ailleurs, nous avons surtout constaté des tentatives de fraude. Dans la capitale Conakry et à l’intérieur du pays, nous avons sanctionné 21 surveillants enseignants et 20 candidats au baccalauréat. Ils utilisaient leur téléphone, alors que leur usage était strictement interdit, même pour les surveillants. Pour ces derniers, la sanction est également due à des négligences et des manquements dans l’exercice de leur mission, comme des tentatives de communication avec les élèves pendant l’épreuve ou des mesures de sécurité non respectées. Les élèves ne pourront postuler à aucun diplôme pendant cinq ans et les enseignants n’exercerons plus et seront exclus du jury des examens pour la même période.

L’avant-dernier jour des épreuves, il s’est tout de même passé quelque chose d’assez insolite à Kaloum, dans le centre-ville de Conakry, où des élèves de deux centres d’examens ont brièvement séquestré leurs enseignants…

Les enseignants remplissaient leur mission de surveillance. Les élèves en question ont tenté d’introduire des documents dans la salle d’examen par le biais de complices à l’extérieur. Or, toutes les entrées étaient sous bonne garde. Ils ont été pris la main dans le sac et c’est pour cette raison qu’ils se sont révoltés, en se plaignant de la sévérité de leurs professeurs.

Et concernant la fuite des sujets ? Des élèves ont confié à Jeune Afrique que des employés de votre ministère ont accès aux épreuves et les communiquent à leurs enfants…

Cette année, nous nous sommes montrés plus pragmatiques. Nous avons sollicité les administrateurs territoriaux, tels que les préfets, les sous-préfets et les gouverneurs de région. Ils ont reçu la clé des différents lieux où étaient stockés les épreuves. Ces lieux ont ensuite été ouverts sous contrôle d’huissier.

Je peux vous garantir qu’il n’y a pas eu fuite des sujets. Moi-même j’ignorais leur contenu ! L’année dernière, mon département a également mis en place de nouveaux dispositifs, notamment le « code numéro photo ». On recrute des photographes sur des critères bien définis, qui tirent le portrait de chaque candidat. La photo se retrouve ensuite sur tous les documents liés au baccalauréat, y compris le diplôme lui-même.

De cette manière, nous avons considérablement limiter les cas de substitution, lorsqu’un élève complice passe l’examen à la place du vrai candidat, puisque c’est finalement la photo du faux bachelier qui se retrouve sur les documents. C’est d’ailleurs pour cette raison que plusieurs étudiants guinéens partis à l’étranger se sont fait épingler par leur université d’accueil.

Pour cette édition 2017, vous avez décidé de ne plus tenir compte de la moyenne annuelle de l’élève, qui était aussi comprise dans le calcul de l’obtention du bac. Pourquoi ?

Une loi datant de 2005 a introduit un système d’obtention du baccalauréat basé sur un calcul entre la moyenne annuelle des notes obtenues par le candidat et la note décrochée à l’épreuve. Vous doublez votre note, vous l’additionnez à votre moyenne et enfin vous divisez le tout par trois. Cela n’a absolument aucun sens !

Et surtout, cela a donné naissance à un véritable système de fraude au mérite et à l’excellence. Au mérite, car l’élève qui en a les moyens peut soudoyer son établissement pour obtenir un bon bulletin de notes en fin d’année. Et à l’excellence, car l’établissement, très généralement privé, se vante de former de bons élèves pour en attirer de nouveaux.

Dans la seule commune de Matoto, la plus grande de Conakry, il y avait 650 groupes scolaires privés l’année dernière. C’est un marché florissant ! Nous avons découvert des cas où un élève, scolarisé toute l’année dans un établissement public, va démarcher un établissement privé pour acheter ses notes. Il se retrouve en possession d’un bulletin excellent et d’un résultat médiocre au bac. Mais cela lui suffit pour obtenir la moyenne et entrer à l’université. Sinon comment expliquer que plusieurs candidats présentent une moyenne annuelle de 18 et une note de 6 à l’examen ?

Quelles autres réformes prévoyez-vous ?

Nous sommes en train de moraliser l’épreuve du baccalauréat. Mais il faut également nous attaquer à l’éducation en milieu scolaire elle-même. La première chose à faire est de revoir le calendrier. La rentrée des élèves est en octobre et la fin de l’année à la fin du mois de mai. Cela fait quatre, voire cinq mois de vacances, ce qui est beaucoup trop. Ensuite, l’autre chantier consiste à réformer les programmes, qui sont complètement caducs. Tout cela contribue au faible niveau de nos élèves et étudiants.

Couverture

L’actu n’attend pas !


Couverture

Accédez à toute l'actualité africaine où que vous soyez en souscrivant à l'Edition Digitale de Jeune Afrique

Je m'abonne J'achète ce numéro