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Tunisie : aux États-Unis, Youssef Chahed a voulu rassurer l’administration Trump

Par Jeune Afrique

Le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, le 10 novembre 2016. © Francois Mori/AP/SIPA

Reçu à Washington du 9 au 12 juillet pour sa première visite officielle aux États-Unis en tant que chef du gouvernement, Youssef Chahed a multiplié les rencontres et les discours avec une double-mission : rassurer et appeler au maintien de la coopération économique et sécuritaire entre les deux pays.

Durant ce séjour, « essentiellement à caractère politique » comme le précisait un communiqué gouvernemental, Youssef Chahed aura rencontré des membres de l’administration Trump, le président américain étant en pleine tournée européenne, mais aussi des dirigeants de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI).

Coïncidant avec le 220ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Tunisie et les États-Unis, cette visite devait permettre de « relancer les concertations sur les moyens de consolider davantage la coopération et le partenariat » bilatéral, souligne le communiqué. Principale préoccupation tunisienne : le nouveau budget de l’administration Trump pour l’exercice de l’année 2018 qui prévoit une baisse importante de l’aide militaire et économique à la Tunisie. Voici ce qu’il fallait retenir de ces rencontres officielles.

  • En Tunisie, « les choses vont de mieux en mieux »

Devant des membres de la communauté tunisienne à Washington, Youssef Chahed s’est voulu rassurant sur la situation du pays, lançant sourire aux lèvres : « Ne croyez pas tout ce que vous voyez sur Facebook, la situation en Tunisie est bonne. »

Face aux défis et aux difficultés, « le train est aujourd’hui sur les rails. Les choses vont de mieux en mieux, bien qu’il faille faire attention, au terrorisme notamment », a-t-il déclaré, ajoutant qu’en matière de lutte contre le terrorisme, le pays a connu « de nombreux succès (…) en moins d’un an ».

« Les choses sont sous contrôle. La Tunisie n’est pas moins sûre que d’autres pays dans le monde », a-t-il affirmé, soulignant qu’une approche multisectorielle (éducation, culture, emploi…) est aussi nécessaire. Il a par ailleurs reconnu que « beaucoup trop de Tunisiens partent combattre » dans les zones de conflit et rappelé que son gouvernement travaille sur les causes de tels départs tout en poursuivant son opération anticorruption.

  • Aide sécuritaire et économique américaine à la Tunisie

« Toute révision à la baisse de l’aide sécuritaire et économique américaine à la Tunisie risque d’envoyer un message négatif aux organisations terroristes quant aux capacités et à la promptitude des forces sécuritaires et militaires tunisiennes », a lancé Youssef Chahed en conférence de presse, juste avant de rencontrer le Secrétaire américain à la Défense, James Mattis, et le vice-président, Mike Pence. « Nous sommes déterminés à défendre les intérêts de la Tunisie auprès de tous les décideurs américains », a-t-il assuré.

L’administration Trump proposait en effet d’accorder à la Tunisie une aide de 54,6 millions de dollars pour 2018, contre 140,4 millions de dollars actuellement.

Après sa rencontre avec le chef du gouvernement tunisien, le sénateur républicain de l’Arizona John McCain a affirmé que « Républicains et Démocrates au Congrès américain ne voteront pas une loi en faveur de la diminution de l’aide économique à la Tunisie. »

Et effectivement, dans un communiqué du 12 juillet, le Congrès a rejeté cette proposition de loi en recommandant que « pas moins de 165,4 millions de dollars devraient être débloqués pour soutenir la Tunisie. » Le Sénat doit encore procéder au vote. Un plaidoyer quasi-concluant donc, pour Youssef Chahed.

  • Echanges commerciaux

Youssef Chahed a également rencontré le président de la Chambre de commerce américaine, Khaled Babbou, ainsi que plusieurs hommes d’affaires américains et tunisiens auxquels il a vanté l’amélioration du climat d’investissement en Tunisie.

Le pays a « engagé de grandes réformes dans les secteurs financier et de l’investissement, (…) ce qui devrait ouvrir de nouvelles portes aux investisseurs étrangers », a-t-il déclaré. « Mais les relations tuniso-américaines restent en-deçà des aspirations des deux pays compte tenu notamment du fait que la Tunisie demeure l’un, sinon le, pays le plus compétitif de la région », a-t-il aussi fait remarquer.

Les discussions ont également porté sur l’organisation, en Tunisie et aux États-Unis, de la deuxième session de la commission économique mixte, prévue fin 2017.

A l’issue de cette visite officielle, un accord de coopération technique dans le domaine de l’aéronautique a été signé mercredi 12 juillet à Washington entre la société de fret aérien Spécial Cargo – relevant de la compagnie aérienne de fret Express Air-Cargo – et le constructeur aéronautique américain Boeing. Et ce en vue de l’installation d’un centre de maintenance aéronautique en Tunisie destiné à l’exportation, qui devrait être fonctionnel à partir de mars 2018.

  • Le FMI « très heureux de soutenir la Tunisie »

« Notre rencontre [avec le chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed] a été l’occasion d’évoquer les réalisations accomplies par la Tunisie jusqu’à présent », s’est réjoui le directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), David Lipton. Les deux hommes ont également échangé sur les défis restant à relever pour aboutir à une croissance émergente, pour promouvoir la stabilité macroéconomique, ou encore pour pallier les déficits du budget et des comptes courants.

« Nous espérons une coopération continue et souhaitons pouvoir jouer un rôle très utile. Car la Tunisie ne cesse de développer son économie », a ajouté David Lipton, qui s’est dit « très heureux de soutenir la Tunisie ».