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Miss Afrique du Sud : sa couronne lui va… comme un gant

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Plusieurs explications accompagnent le récent port de gants par Miss Afrique du Sud, lors d’une visite à des orphelins atteints du sida. Plusieurs réactions fusent également…

Les polémiques les plus juteuses germent parfois au cœur des meilleures intentions : celles d’un président sans enfant qui veut conseiller les génitrices trop prolifiques ou celles d’une reine de beauté qui tient à témoigner sa compassion aux plus jeunes des plus malchanceux. En s’affichant dans un orphelinat d’enfants atteints du VIH, à Johannesburg, Miss Afrique du Sud entendait attirer l’attention sur la détresse de cette jeunesse. Mais c’est moins un éclairage sur les maux du virus qu’elle a provoqué, sur les réseaux sociaux, qu’une dénonciation de sa propre démarche caritative.

Demi-Leigh Nel-Peters doit être habituée aux ricanements qui accompagnent les prestations de ces « belles », événements largement teintés de kitsch vestimentaire, d’anachronisme misérabiliste, de niaiseries verbales et d’émoticônes roses bonbon. Mais c’est une polémique plus grinçante à laquelle Miss Afrique du Sud vient d’avoir droit. La reine de beauté s’est piégée elle-même avec sa communication virale. Passe encore le caractère artificiel d’un cliché où, assise sur une marche, elle fait mine de croquer un « biscuit doux » que sa silhouette proscrit manifestement et qui indiffère le petit orphelin dont elle cherche, en vain, à croiser le regard. L’ennui est qu’elle porte… des gants !

Tollé sur Twitter. Il y a quelques années encore, cette énigmatique protection des phalanges aurait mis en lumière le fantasme d’un sida transmissible par une poignée de mains. Mais dans une Afrique du Sud malade de tensions résurgentes entre les communautés nationales ou « raciales », c’est plutôt de racisme qu’a été accusée la jeune femme à l’épiderme clair.

Un hashtag satirique : « MissSAChallenge »

Rapidement, la miss a tenté de déminer la polémique, en expliquant qu’on lui avait expressément demandé de porter des gants, du fait qu’elle manipulait de la nourriture. Les accessoires de main seraient donc moins un manque de respect qu’une déférence hygiénique. Le buzz s’éteindra-t-il aussi facilement, Miss Belgique ayant écorné, il y a deux mois, l’image des reines de beauté adeptes des arcs-en-ciel épidermiques ? Dans une affaire connue sous le nom de « cacagate », Romanie Schotte avait associé une émoticône de crotte à un homme de couleurs présent à l’arrière-plan d’un de ces selfies…

Au mieux, en Afrique du Sud, le buzz indigné s’estompera sous l’effet d’un buzz moqueur. Sous le hashtag « MissSAchallenge » que Demi-Leigh Nel-Peters avait elle-même créé auparavant, les internautes se mettent désormais en scène dans les aspects les plus quotidiens de leur vie : en train de se préparer un chocolat chaud, de tapoter sur un clavier ou de répandre du désinfectant sur leurs mains. Ils font tout cela désormais avec… des gants, en précisant que c’est « par question d’hygiène ». Il vaut mieux en rire que d’en pleurer…