Politique

Trafic de bébés : la fuite de Hama Amadou au Burkina divise le Niger

Hama Amadou au Niger le 15 juin 2014. © AFP

Acharnement de l'État à son encontre pour les uns, comportement indigne pour les autres : au Niger, la fuite burkinabè du président de l'Assemblée nationale, opposant numéro un soupçonné de trafic de bébés, ne laisse personne indifférent.

La fuite de Hama Amadou au Burkina dépasse désormais le strict cadre du vaste trafic de bébés pour lequel la justice de son pays veut l’entendre. Le président de l’Assemblée nationale nigérienne, dont les pairs ont autorisé l’audition par la justice au sujet d’un trafic international présumé de bébés, a quitté mercredi 27 août le Niger pour le Burkina Faso.

Le camp d’Hama Amadou, opposant numéro un au président Mahamadou Issoufou, dénonce avec fracas une utilisation de la justice à but politique par les autorités. L’atmosphère politique s’est progressivement détériorée à Niamey depuis son passage dans l’opposition en août 2013, qui lui a fait gagner le statut de principal adversaire du chef de l’État pour la présidentielle de 2016.

Trafic de bébés

"Tout le monde sait dans ce pays que (les autorités) ont tenté de diverses manières de débarquer Hama Amadou : d’abord par un vote (de défiance) des députés aux deux-tiers, puis par le biais de la Cour constitutionnelle, mais ils n’ont pas pu", a expliqué Souley Oumarou, son avocat. "Par le biais de la justice", "on veut mettre hors d’état de nuire le président de l’Assemblée nationale", le procureur ayant "adressé une requête aux fins ‘d’arrêter’" Hama Amadou et non de "simplement l’auditionner", a poursuivi son défenseur, qui dénonce un "acharnement" du pouvoir.

Le Mouvement démocratique nigérien (Moden), parti d’Amadou, se montre très virulent. Pour le régime, "il faut harceler, isoler et abattre Hama par tous les moyens", tempête-t-il, critiquant un "dossier judiciaire fallacieux, savamment coordonné par le président de la République".

Depuis deux mois, le Niger vit au rythme de l’évolution de l’enquête sur un trafic international de bébés entre le Nigeria, où ils ont été conçus, le Bénin et le Niger. Des cadres politiques et économiques nigériens seraient impliqués. Dix-sept personnes, dont l’une des épouses de Hama Amadou, ont été inculpées fin juin pour "supposition d’enfant" (délit qui consiste à attribuer la maternité d’un enfant à une femme qui ne l’a pas mis au monde), "faux et usage de faux" et "déclaration mensongère", puis écrouées.

"Procédure illégale"

Lui "n’a pas fui pour ce qu’on lui reproche, mais il s’est mis à l’abri contre une procédure illégale" prise par "des gens qui veulent sa peau", a affirmé Me Oumarou. "Comme cela, il a la chance d’être candidat en 2016. S’ils l’avaient pris, ils ne l’auraient jamais libéré avant 2016."

La majorité tient évidemment une position diamétralement opposée. "Personne ne l’aurait touché s’il ne s’était pas lui-même empêtré dans une affaire criminelle de trafic d’êtres humains", s’indigne Iro Sani, le porte-parole du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, au pouvoir), avant d’ironiser : "les autres personnes qui sont en prison (dans cette affaire), c’est aussi pour les empêcher d’être candidates en 2016 ?"

La fuite du président du Parlement mercredi au Burkina Faso, "qui ne le grandit pas", est qualifiée de "preuve de mépris" pour l’institution judiciaire par Iro Sani, qui montre au peuple nigérien "le vrai visage" d’Amadou, "un aventurier" capable de "se soustraire à la justice".

(Avec AFP)

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