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Nigeria : entre drogue et magie noire, l’équipée morbide du gang Badoo

Par AFP

Une vue le 7 juillet 2017 de l'Eglise en cristal de Dieu, où quatre personnes ont été tuées par un gang qui sévit depuis un an dans la région de Lagos © PIUS UTOMI EKPEI/AFP

Une odeur de mort hante « l'Église en cristal de Dieu » à Owode Onirin, à quelques kilomètres de Lagos, où des vêtements ensanglantés, des tambours, des bibles et des livres de prière gisent encore sur le sol.

Trois jours plus tôt, quatre fidèles ont été sauvagement assassinés alors qu’ils priaient. Les derniers d’une longue série de meurtres attribués à un gang baptisé Badoo, qui aurait tué 30 personnes depuis juin dans les faubourgs de l’est de la capitale économique du Nigeria.

Des crimes rituels

Ces « crimes rituels », perpétrés par des gangs et alimentés par la drogue et les croyances en la magie noire, ne sont pas un phénomène nouveau au Nigeria, divisé entre un nord musulman et un sud chrétien. Mais ils ont tendance à augmenter en période de difficultés économiques.

Les Badoo en particulier font la une des journaux en raison de la fréquence de leurs attaques et de la violences avec laquelle les victimes sont exécutées. « Ils ont probablement escaladé le mur et hypnotisé les victimes avant de passer à l’acte », affirme à l’AFP Israël Ojobaro, un ingénieur habitant dans les locaux de l’église évangélique.

« Deux femmes et deux enfants, dont un bébé de neuf mois, avaient la tête fracassée avec une pierre d’affutage ».

Le gang a poursuivi son chemin vers une autre église située dans la même rue pour voler de l’argent et des téléphones portables. « Ils ont dû utiliser des pouvoirs (magiques), car personne ne les a remarqués quand ils sont entrés dans l’église. Quand les fidèles se sont réveillés, leurs téléphones et de l’argent avaient disparu », affirme le pasteur, Taiwo Adesanya.

Vindicte populaire et lynchages

La peur et l’absence de confiance dans la police ont poussé les habitants à s’organiser pour surveiller eux-même leurs quartiers. Chaque nuit, des feux sont allumés dans les rues entre 22h00 et 6h00.

Résultat, toute personne soupçonnée d’être membre d’un gang est immédiatement lynchée. Selon la police, les vigiles improvisés ont tué au moins « 10 suspects » au cours du mois de juin, dont des innocents.

La saga Badoo a débuté l’année dernière lorsqu’une enseignante a été violée et tuée à Ibeshe, un quartier d’Ikorodu, située à environ 10 km de Lagos, au bord d’une immense lagune. Son crâne a été écrasé par une pierre. Avant de partir, la bande a écrit « Badoo » sur le mur et de nombreux meurtres similaires ont eu lieu depuis.

Les mouchoirs de sang

« Initialement, nous avons pensé que ce n’était qu’un cas de vol qualifié », explique un habitant, Olubare Ademola. « Mais nous avons commencé à les prendre plus au sérieux quand nous avons réalisé qu’ils suivaient le même mode opératoire ».

Le mois dernier, un homme, sa femme de 28 ans et leurs deux enfants ont également été tués dans un quartier d’Ikorodu.

Il se raconte que les membres de la bande utilisent des pouvoirs magiques pour apparaître et disparaître mystérieusement lorsqu’ils mènent des attaques. Le gang viderait ensuite le sang de ses victimes dans une calebasse ou une gourde, avant d’y tremper un mouchoir blanc.

« Selon la rumeur, Badoo vend le mouchoir imbibé de sang aux sorciers qui l’utilisent pour apporter puissance et prospérité » à leurs clients, raconte Babatunde Ogunyemi, un chef traditionnel d’Ibeshe. « Chaque mouchoir coûte 500 000 nairas (1 385 euros). Cela explique pourquoi Badoo élimine des familles entières pour gagner plus d’argent. »

Sacrifices d’animaux 

Malgré la prévalence de l’islam et du christianisme au Nigeria, l’animisme – appelé « juju » – reste répandu, surtout hors des grandes villes. Les habitants d’Ibeshe ont donc eux aussi choisi la méthode traditionnelle pour lutter contre le gang et prétendent l’avoir chassé de la région grâce à des sacrifices d’animaux offerts aux divinités locales, selon Babatunde Ogunyemi.

De son côté, l’armée a fini par lancer une opération pour éliminer les gangs actifs à Ikorodu et dans les environs, où plusieurs écoliers ont été enlevés récemment.

« Nous avons reçu un rapport de renseignement selon lequel certains membres de gangs essayaient de s’associer au sein d’une organisation appelée « 777 » et nous avons agi rapidement pour la faire échouer », explique sous couvert d’anonymat à l’AFP un officier de l’armée sur le terrain.

Quelque 200 suspects

Sous son commandement, des soldats fouillent la lagune d’Ikorodu à la recherche de membres supposés de Badoo et d’autres gangs. « Nous continuerons jusqu’à ce que nous ramenions la sécurité dans les communautés », ajoute-t-il.

La police de l’État de Lagos affirme à l’AFP avoir arrêté et interrogé quelque 200 suspects pour les meurtres de Badoo. La semaine dernière, le gouverneur Akinwunmi Ambode a rencontré les chefs traditionnels d’Ikorodu, les exhortant à collaborer avec les autorités pour « mettre un terme à cette situation le plus vite possible ».

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