Crise migratoire : Ouattara veut mobiliser les pays musulmans sur l’emploi et l’éducation

Par Jeune Afrique avec AFP

Le président ivoirien Alassane Ouattara. © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Le président ivoirien Alassane Ouattara a souhaité, ce lundi à Abidjan, que les pays membres de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) s'impliquent plus fortement dans la lutte contre l'immigration clandestine, pointant les « deux plus grands défis : l'éducation et l'accès à un emploi décent ». S’il peut a priori compter sur le Maroc et le Sénégal, les autorités algériennes semblent, elles, plus encline à stigmatiser les migrants que les passeurs.

« Aujourd’hui plusieurs milliers » de jeunes « meurent dans des conditions effroyables en tentant de traverser la Méditerranée et le Sahara. Quelle honte pour nos pays et nos gouvernements ! », a déclaré Alassane Ouattara lors du 44e conseil des ministres des Affaires étrangères de l’OCI qui se tient ce lundi et ce mardi à Abidjan sur le thème de « jeunesse, paix et développement dans un monde de solidarité ».

« Ce thème est actuel et fondamental. En effet, dans la quasi-totalité des pays membres de l’OCI, la population jeune et à forte croissance fait face à deux plus grands défis : l’éducation et l’accès à un emploi décent », a-t-il poursuivi devant 200 délégués de l’organisation. « Si nous ne trouvons pas une solution à ce défi majeur (…) ces jeunes seront sans doute en proie à toutes les tentations, avec de graves conséquences pour nos pays », a averti Alassane Ouattara.

« Notre organisation peut et doit s’impliquer avec plus de volonté, de forces et de ressources dans la recherche de solutions équitables et durables à cette situation », a-t-il ajouté. L’Union européenne fait face à une crise migratoire inédite liée au flux vers l’Europe de migrants et candidats à l’asile fuyant les conflits et/ou la pauvreté, notamment en Afrique et en Asie.

A l’avant-garde des combats contre le terrorisme

Le président ivoirien a également plaidé pour « un meilleur suivi des flux de personnes » en Afrique de l’Ouest pour lutter contre le terrorisme. « Nous devons faire en sorte qu’il y ait un meilleur suivi des flux de personnes entre les pays de la sous-région et avec les autres pays pour identifier les mouvements de terroristes », a-t-il plaidé, soulignant que « la lutte contre le terrorisme n’est pas une question nationale, mais une question universelle ». « L’OCI doit être à l’avant-garde de tous les combats contre le terrorisme », a-t-il martelé.

Sept jours plus tôt, le 3 juillet, au 29e sommet de l’Union africaine (UA), le Maroc a plaidé en faveur d’un « agenda africain » sur la migration, pour stopper le départ des jeunes Africains vers l’Europe dans des conditions précaires. « Le destin de nos jeunes est-il au fond des eaux de la Méditerranée ? Leur mobilité doit-elle devenir une hémorragie ? », a questionné le roi Mohammed VI par l’intermédiaire de son représentant Moulay Rachid. « Il nous appartient au contraire de la gérer pour en faire un atout », a-t-il ensuite plaidé. Le roi, qui n’avait pas fait le déplacement au sommet d’Addis-Abeba, a également réclamé une « politique volontariste » en faveur de la jeunesse africaine, « avenir » du continent.

Au sommet du G20, les 8 et 9 juillet, le Sénégal a également défendu cette position. Le président Macky Sall a martelé qu’il fallait continuer à lutter contre les réseaux criminels de la migration clandestine et asseoir une stratégie de développement inclusif à long terme, qui génère la croissance, la prospérité et des emplois, en particulier, pour les jeunes.

L’Algérie, voix discordante ?

Mais les 26 pays africains du regroupement de l’OCI qui réunit chaque année les ministres des Affaires étrangères de 57 Etats ne sont pas tous sur la même longueur d’ondes sur ce sujet.  L’Algérie, par la voix du directeur de cabinet du président algérien Abdelaziz Bouteflika, Ahmed Ouyahia, rejette l’opprobre sur les migrants eux-mêmes, les présentant comme coupables et non victimes. « Les étrangers en séjour irrégulier amènent le crime, la drogue et plusieurs autres fléaux », a déclaré le 8 juillet, à la chaîne privée Ennahar Ahmed Ouyahia, homme fort du régime en place, également ministre d’État. « Ces gens-là sont venus de manière illégale (…) On ne dit pas aux autorités : « Jetez ces migrants à la mer ou au-delà des déserts ». Mais le séjour en Algérie doit obéir à des règles », a ajouté celui qui est également patron du Rassemblement national démocratique (RND), deuxième parti d’Algérie et allié du Front de libération nationale (FLN) du président Bouteflika.

Si ces « déclarations (…) dignes des discours de l’extrême-droite européenne » viennent « torpiller le discours équilibré du nouveau Premier ministre sur le sujet », a rappelé peu de temps après Abdelmoumene Khelil, le secrétaire général de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), elles résonnent auprès d’une partie de la population algérienne. Une vive polémique avait, en effet, secoué le pays fin juin suite à une campagne visant les migrants subsahariens sur les réseaux sociaux. Le ministre de l’Intérieur algérien , Noureddine Bedoui, avait alors répliqué en déclarant que « l’Algérie considère ces réfugiés, venant de pays en butte à des conditions difficiles, comme étant des invités qu’il faut prendre en charge au plan médical, social et psychologique, individuellement et en groupes ».

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