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Banque africaine de développement : Adesina cultive sa différence

Akinwumi Ayodeji Adesina Président de la BAD. © Eric Larrayadieu/ Africa CEO Forum/Jeune Afrique

Akinwumi Ayodeji Adesina peut afficher son plus beau sourire. Le président de la Banque africaine de développement (BAD) s’est vu remettre le World food prize 2017, le 27 juin à New York. Une bonne occasion pour lui de rappeler la stratégie de la BAD dans le secteur agricole.

« C’est un  grand honneur et un motif de fierté », a déclaré le Nigérian en recevant le World food prize 2017, considérée comme l’équivalent du prix Nobel dans le domaine agricole. A 57 ans, c’est même une reconnaissance  pour l’ancien ministre fédéral de l’Agriculture, devenu le principal « banquier » d’Afrique, après avoir succédé à Donald Kaberuka, en septembre 2015, à la tête de la principale organisation multilatérale du continent.

Lui y voit également une forme de confirmation du mandat qu’il a reçu de la part des actionnaires de la BAD, « pour aider l’Afrique à se nourrir ». C’est d’ailleurs l’un des cinq objectifs qu’il s’est donné, dès sa prise de fonction à Abidjan, avec celui d’électrifier le continent, pour assurer son industrialisation, dans une logique d’intégration devant contribuer à l’amélioration des conditions de vies des populations.

Autosuffisance agricole

Dans cette optique, l’autosuffisance agricole à travers le continent est jugé cruciale, « si l’Afrique veut éliminer à termes les 35 milliards de dollars utilisés chaque année pour importer les produits alimentaires qui lui manque », explique-t-il. Cet argent pourrait être utilisé pour renforcer le cadre macroéconomique et participer à la création d’emplois nécessaires, notamment auprès de la jeunesse.

La BAD a décidé de débourser 24 milliards de dollars sur dix ans pour aider le continent à réaliser sa « révolution verte », afin « d’aider les populations dans les zones rurales et faire de l’agriculture un vrai secteur économique, créateur de richesse ».

Les économies les plus résilientes sont aussi celles qui valorisent sur place leurs produits bruts, comme l’Ethiopie, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal

Il faut pour cela « augmenter la productivité agricole du continent et lui donner accès aux meilleures technologies, en matière d’engrais, de semences… », insiste le banquier au nœud papillon, qui estime à 1 000 milliards de dollars la contribution du secteur d’ici à 2030.

En plus de doper un taux de croissance attendu à 3,4 % cette année et 4,3 % en 2018, à l’échelle du continent, la filière agro-industrielle doit également permettre à l’Afrique de sortir de la malédiction des matières premières qui l’a encore touché ces dernières années, suite à la baisse des cours internationaux.

Intégration régionale

« Les économies les plus résilientes sont aussi celles qui valorisent sur place leurs produits bruts, comme l’Ethiopie, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal », constate Akinwumi Adesina, comme une preuve supplémentaire du chemin que doit emprunter le continent.

Aux responsables politiques locaux de faire preuve de la volonté pour accompagner cette transformation agricole

De l’intégration régionale – « obligatoire pour agrandir la taille des marchés et donc accroître les échanges intra-africains » -, à l’investissement dans les infrastructures – « nécessaires pour sortir certaines zones de leur pauvreté » -, en passant par l’amélioration des accès aux financements, la BAD est prête à jouer son rôle de soutien.

« Aux responsables politiques locaux de faire preuve de la volonté pour accompagner cette transformation agricole », demande Akinwumi Adesina, satisfait aujourd’hui de voir les pays développés sortir de l’aide au développement pour voir l’Afrique comme une terre d’investissement, dans la foulée de leur secteur privé.

L’environnement des affaires a progressé dans les trois quarts des pays africains en 2017, permettant au continent d’attirer 60 milliards d’investissements directs étrangers (IDE) cette année, contre six fois moins en 2000. En attendant d’attirer en Afrique une partie des fonds de pension aujourd’hui placés dans le reste du monde. « Si 1 % de ces capitaux étaient investis sur le continent, celui-ci pourrait faire face à ses besoins en infrastructures », reprend le patron de la BAD, qui n’a pas à rougir de son bilan.

Vague démographique

En deux ans, et selon les chiffres communiqués par la banque elle-même, 3,3 millions d’Africains ont profité de ses programmes d’accès à l’électricité et 3,7 millions à ceux liés au raccordement en eau potable. Près de 9 millions ont bénéficié de ses interventions dans le domaine de santé et 5,7 millions dans celui de l’agriculture. « Nous voulons augmenter notre impact auprès des populations, sur le terrain », précise Akinwumi Adesina.

Forte de cette vision, et alors qu’une vague démographique sans précédent se profile à l’horizon, la BAD veut aider le continent à éviter la crise, en l’aidant chaque année à créer les 25 millions d’emplois nécessaires pour absorber les centaines de millions de jeunes qui vont arriver sur le marché du travail d’ici à 2050. « L’objectif de la BAD est de favoriser le développement de l’Afrique, rappelle son président, et c’est ce à quoi nous nous employons ».

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