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Maroc : début du procès de Nasser Zefzafi, chef de la contestation du Rif

Le leader de la contestation dans le rif, Nasser Zefzafi, dans un sit-in de protestation le 18 mai 2017 à El Hoceima. © Aboussi Mohamed/AP/SIPA

Sujet à de lourdes accusations, il risque des dizaines d'années de prison, selon son avocat. Parallèlement, à Al Hoceima, cœur de la contestation qui secoue le rif depuis plusieurs mois, les autorités tentent l'apaisement.

C’est devant la Cour d’appel de Casablanca que s’est ouvert, ce lundi 10 juillet, le procès en instruction de Nasser Zefzafi. En détention depuis plus d’un mois à la prison de Oukacha à Casablanca, le leader de la contestation dans le Rif a comparu devant le juge d’instruction sur la base d’une longue et lourde liste d’accusations, a déclaré à Jeune Afrique son avocat, Me Mohamed Ziane.

Cette liste comprend, entre autres : atteinte à la sécurité de l’État, tentative d’homicide volontaire et trouble à l’ordre public. La justice marocaine lui reproche également d’avoir reçu un financement étranger d’environ 3000 dirhams (près de 300 euros). « Avec ces lourdes charges, il risque des dizaines d’années de prison qui peuvent aller jusqu’à la perpétuité», affirme Me Ziane.

L’avocat de Nasser Zefzafi est derrière une récente polémique suscitée par une lettre qu’il affirme avoir reçu de la main de son client pour la transmettre à la presse. Dans cette lettre, que le leader du mouvement « Hirak » (mouvance) a écrite à la main depuis sa cellule, ce dernier exhorte « ses frères et ses sœurs dans la lutte », ainsi que les habitants de sa région, « à garder le caractère pacifiste des manifestations et à ne pas tomber dans le piège des provocateurs ».

Accusations et contre-accusations

La Délégation générale de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion (DGAPR) a aussitôt démenti l’existence de cette lettre. Jeudi 6 juillet, elle a publié un communiqué affirmant que le détenu Zefzafi nie catégoriquement avoir remis une telle lettre à son avocat. La DGAPR sera désormais contrainte « d’interdire à cet avocat d’entrer en contact avec les pensionnaires de l’établissement, après qu’il se serait servi de sa qualité professionnelle pour agir contrairement à la déontologie et publier des allégations mensongères ».

« Je persiste et je signe. Mon client, Nasser Zefzafi, a écrit cette lettre sous mes yeux et m’a demandé de la transmettre à l’opinion publique », déclare l’avocat Me Ziane à Jeune Afrique.

Des signaux contradictoires

Pour tenter d’apaiser les manifestations quasi-quotidiennes dans le Rif réclamant la libération des détenus du Hirak, les autorités marocaines ont ordonné le retrait de la police des lieux emblématiques de la contestation à Al Hoceima et environs. Ce retrait a été décrété sur instruction du roi Mohammed VI, qui a exigé de ses ministres l’accélération des chantiers de développement de la ville, allant même jusqu’à priver les ministres concernés de leurs vacances d’été.

Mais les forces de l’ordre se sont montrées intraitables envers un sit-in féministe, organisée samedi 8 juillet, en soutien à une détenue du Hirak, Silia, de son vrai nom, Salima Ziani, qui serait « très affectée » par son arrestation. Plusieurs manifestantes ont été rudoyées par la police, d’après des vidéos postées sur les réseaux sociaux.

La Wilaya de Rabat a aussitôt réagit, à travers un communiqué, affirmant que « certaines personnes parmi les manifestants ont refusé d’obtempérer et prémédité de provoquer et d’agresser verbalement et physiquement les éléments des forces publiques qui ont été contraintes, en coordination avec le parquet général compétent, d’intervenir pour disperser cet attroupement ».


L’autre procès

Ce lundi, un autre leader du Hirak, El Mortada Iamrachen – poursuivi en état de liberté – a été présenté pour la première fois devant le juge d’instruction du Tribunal de Salé pour « apologie du terrorisme ». « Sa première audience s’est bien déroulée. Le juge s’est bien comporté avec lui », affirme son avocat Tarik Sbai.