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Algérie : les migrants « amènent le crime et la drogue » selon le chef de cabinet de Bouteflika

Par Jeune Afrique avec AFP

Ahmed Ouyahia, Premier ministre de l'Algérie. © Paul Schemm/AP/SIPA

« Scandaleux » et « dignes de l'extrême droite ». Les défenseurs des droits de l'Homme en Algérie n'ont pas mâché leurs mots dimanche après les propos tenus la veille à l'égard des migrants par Ahmed Ouyahia, le directeur de cabinet du Président algérien.

« Les étrangers en séjour irrégulier amènent le crime, la drogue et plusieurs autres fléaux », a déclaré samedi 8 juillet à la chaîne privée Ennahar Ahmed Ouyahia, directeur de cabinet du président Abdelaziz Bouteflika. Il est l’un des hommes forts du régime en place, également ministre d’État. « Ces gens-là sont venus de manière illégale […] On ne dit pas aux autorités « Jetez ces migrants à la mer ou au-delà des déserts », mais le séjour en Algérie doit obéir à des règles », a ajouté celui qui est également patron du Rassemblement national démocratique (RND), deuxième parti d’Algérie et allié du Front de libération nationale (FLN) du président Bouteflika.

Des « déclarations […] dignes des discours de l’extrême-droite européenne » qui viennent « torpiller le discours équilibré du nouveau Premier ministre sur le sujet », a réagi peu de temps après Abdelmoumene Khelil, le secrétaire général de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH).

« Choquants » et « scandaleux »

Issu des législatives de mai, le gouvernement du nouveau Premier ministre Abdelmadjid Tebboune a promis d’élaborer une loi sur le droit d’asile en Algérie, où il existe un vide législatif en la matière. Lors de la présentation de son programme devant les députés, il avait également rappelé « le devoir moral et humain qui nous impose de prêter assistance à nos frères contraints de fuir leurs terres en raison de la pauvreté et des affres de la guerre ».

Amnesty International a pour sa part qualifié de « choquants » et « scandaleux » les propos de Ahmed Ouyahia. « De tels propos alimentent le racisme et favorisent la discrimination et le rejet de ces personnes  […]. Il est de notre responsabilité de les accueillir, conformément aux textes internationaux signés et ratifiés par l’Algérie », a déclaré l’ONG dans un communiqué.

« #Non aux Africains en Algérie »

Une vive polémique avait déjà secoué le pays fin juin suite à une campagne visant les migrants subsahariens sur les réseaux sociaux. Des tweets injurieux et racistes, dont certains appelaient au meurtre, avaient alors déferlé à l’aide du hashtag « #لا_للافارقه_في_الجزاير ». « #Non aux Africains en Algérie ».

Le ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, avait alors répliqué en déclarant que « l’Algérie considère ces réfugiés, venant de pays en butte à des conditions difficiles, comme étant des invités qu’il faut prendre en charge au plan médical, social et psychologique, individuellement et en groupes ».