Fatimata Sy : « Notre objectif d’amener un million de femmes d’Afrique de l’Ouest à la contraception a été largement atteint »

Des femmes dans un camp de déplacés, à Sévaré, au Mali, le 23 janvier 2013. © Thibault Camus/AP/SIPA

Mardi 11 juillet, dans la capitale britannique, se tiendra un sommet sur la planification familiale en Afrique. La Sénégalaise Fatimata Sy a 25 ans d’expérience dans le domaine du développement international et de la santé publique en Afrique. Elle décrypte pour nous les enjeux de cet événement.

Les intervenants du sommet de Londres sur la planification familiale, seront amenés à se pencher sur l’accès des plus pauvres et des plus jeunes aux contraceptifs sur le continent. Ils devront aussi explorer des modes de financement novateurs en la matière. Et alors que l’Afrique de l’Ouest francophone accomplit des progrès spectaculaires dans ce domaine, ses représentants vont plaider en faveur de nouveaux engagements.

Diplômée en santé publique de l’École de santé publique et de médecine de Tulane et de l’Institut de Technologie de Nancy (France), Fatimata Sy dirige le partenariat de Ouagadougou, qui réunit les neufs pays d’Afrique de l’ouest francophone réunis dans la capitale britannique la semaine prochaine.

Jeune Afrique : le sommet de la planification se tient le 11 juillet à Londres. Quels sont les enjeux de cette rencontre?

L’initiative Planification familiale 2020 (PF 2020), lancée en juillet 2012 au niveau mondial, a fixé un certain nombre d’objectifs, notamment celui de donner accès à la contraception à environ 110 millions de femmes et de filles sur la planète. En 2017, nous sommes à mi-parcours, et la communauté internationale a jugé utile de réunir divers acteurs pour mesurer les avancées réalisées et réexaminer les engagements pris par les pays en terme de planification familiale. Voire pour en rajouter, car nous voudrions d’ici 2020 intégrer 2 millions de femmes en plus dans nos objectifs.

Il s’agira également de voir comment les pays vont s’engager pour le financement des actions en faveur d’une telle planification. En plus des ministres de la Santé, leurs homologues en charge des Finances et des Plans ont été conviés, l’objectif étant d’avoir un dialogue cohérent et inclusif sur la thématique qui nous intéresse. Nous voulons tendre vers une autonomisation des financements, parce qu’aujourd’hui, la question de la planification familiale est lourdement tributaire de l’aide extérieure. Ce d’autant plus que la Planification familiale n’est pas seulement vue comme un élément fondamental pour réduire la mortalité maternelle et infantile : c’est un atout pour capter les dividendes démographiques.

Vous citez le Burkina comme un bon élève en matière de planification familiale. Pourquoi ?

Il y a eu un engagement politique au sommet de l’État. Le président du Faso a érigé la question de la planification familiale comme l’un des piliers nécessaires pour capter les dividendes démographiques. Je pense que cela a été un élément majeur.

D’autre part, au-delà du discours politique, le Burkina est l’un des pays qui a favorisé le financement endogène de la PF en créant une ligne budgétaire d’environ 500 millions de F CFA par an pour l’achat des contraceptifs.

Il faut aussi noter le recrutement massif de personnel communautaire pour sensibiliser aux services contraceptifs, ainsi qu’une bonne coordination des interventions sur le sujet, jusqu’en périphérie. Et puis le pays a su élargir la gamme des produits contraceptifs avec une politique souple permettant aux agents locaux de vulgariser les méthodes injectables.

Quels pays traînent le pas en Afrique de l’Ouest ?

En général, ils ont tous fait des progrès. Bien évidemment, certains ont fait plus de progrès que d’autres, comme le Burkina ou le Sénégal. Ce dernier par exemple a réalisé un bond en avant de 4 points de pourcentage de taux de prévalence contraceptive en deux ans. Personne ne s’y attendait. Quand un pays réalise un point de progrès par an, nous estimons que c’est performance excellente. Idem pour le Burkina avec deux voire trois points de pourcentage annuel.

Parmi ceux qui avancent lentement, je citerais la Guinée, pénalisée par l’épidémie d’Ebola qui y a désorganisé le système sanitaire. Un pays tel la Mauritanie n’avance pas au rythme attendu non plus. Là encore, nous pouvons affirmer que cela est lié à un manque de financement.

Sur les 9 pays qui ont attiré 29 millions de dollars de financement, il n’y a pas une équité de financement : certains − Burkina, Sénégal − mobilisent beaucoup de partenaires financiers ; d’autres − Togo, Mauritanie − en manquent.

Vous dirigez le partenariat de Ouagadougou. Qu’est-ce que c’est ? 

C’est une initiative qui a été lancée en 2011 à Ouagadougou au cours d’une conférence sur les questions de développement et de population en Afrique de l’ouest. Il est ressorti que les neufs pays présents aux débats accusaient des retards considérables en matière de planification familiale. L’Afrique francophone avait par exemple une prévalence contraceptive très faible de l’ordre de 8% contre 40 voire 50% pour une région comme l’Amérique latine où très tôt dès les années 70, la question avait été inscrite comme une priorité des gouvernements.

Il faut préciser que les pays d’Afrique de l’ouest anglophone étaient en avance en termes d’activités, de programmes et de financement de la planification familiale sur les pays francophones. Ces pays captaient en terme d’aide pour la PF 1, 25 dollars contre seulement 0, 25 dollars pour les francophones. En sus, dans notre zone, les normes sociales étaient très réticentes à la planification familiale alors que la mortalité maternelle et infantile est très élevée.

Dans le même, les pays de cette zone présentaient des indices de fécondité élevé comme au Niger avec une moyenne de 7, 4 enfants par femme. Lors de nos enquêtes, il est apparu que les femmes affirmaient vouloir neuf enfants contre 11 pour les hommes.

Fort de ce constat, les pays et les bailleurs se sont entendus pour lancer le Partenariat de Ouagadougou pour la période 2011-2015, afin de voir ensemble ce qu’ils pouvaient faire de manière urgente pour rattraper le retard en Afrique de l’Ouest en matière de PF. Chemin faisant, un partenariat a été bâti, et un groupe de bailleurs parmi lesquels (l’AFD, USAID, la Fondation Bill & Melinda Gates) s’est mis en place pour appuyer les gouvernements avec comme objectif d’inscrire un million de femmes additionnelles à la contraception. Chaque pays a défini sa contribution à l’atteinte de cet objectif commun. Nous l’avons largement dépassé.

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