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La libéralisation du dirham : un pari audacieux dans un contexte économique favorable

par

Enseignant-chercheur à l’université de Caen-Normandie. Directeur de l’IUP Banque Finance Assurance – IAE Caen. Co-auteur de « Risques de taux d’intérêt et de change » aux éditions Afno.

Des billets de 100 dirhams marocains, ornés de l'effigie du roi Mohammed VI. © Alexandre Dupeyron pour JA

La transition progressive vers un taux de change flottant doit conduire le Maroc à ouvrir son économie aux capitaux étrangers et à afficher une parité conforme à ses fondamentaux, évitant ainsi toute surévaluation potentielle du dirham. L’enjeu est triple pour le Maroc, résorber une balance des transactions courantes structurellement déficitaire, attirer les investisseurs étrangers, et en particulier chinois, et développer le secteur financier.

Le taux de couverture du commerce extérieur atteint 57%, en recul de 4 points par rapport à l’an dernier. Les exportations marocaines sont essentiellement composées de produits agricoles, d’automobiles, de phosphates et dérivés, de textiles et cuirs (l’électronique et l’aéronautique, des secteurs à plus haute valeur ajoutée représentent encore une part marginale). Les transferts des marocains vivant à l’étranger, les revenus perçus des voyageurs et touristes et les investissements directs étrangers fléchissent respectivement de 2%, 5% et 23%.

Si on se réfère à l’impossible trinité développée par Robert Mundel, il est impossible de maintenir son taux de change à une parité fixe sans renoncer à la mobilité des capitaux ou à l’autonomie de la politique monétaire.

Objectif : libérer la circulation des capitaux

Ainsi, la libéralisation du dirham aura pour effet d’autoriser une plus libre circulation des capitaux, et ainsi favoriser les investissements directs et de portefeuille étrangers.  Le bénéfice attendu de cette plus forte intensité capitalistique est un saut à la fois quantitatif et qualitatif de l’appareil productif marocain. Le stimulus sera d’autant plus efficace que les prévisions macroéconomiques marocaines seront bien orientées.

Le moment est donc bien choisi. En effet, le consensus des économistes fait ressortir actuellement une croissance estimée d’environ 4% en 2017 et en 2018 après une année 2016 plus délicate (+1,5%).  Ces chiffres sont un facteur de soutien du dirham vis-à-vis des devises étrangères. Malgré la perspective de la libéralisation du dirham, les estimations des analystes font ressortir une probabilité à deux tiers d’une dépréciation du dirham par rapport au dollar inférieure à 4%.

La Chine, un partenaire particulier

La Chine devient un partenaire de premier plan pour le Maroc. Les importations chinoises représentaient il y a dix ans 5% des importations marocaines contre 10% aujourd’hui. Le volontarisme affiché par les deux nations pour développer leurs relations commerciales a été illustré par la signature d’un accord sur le développement d’un parc industriel à proximité des installations portuaires de Tanger lors de la rencontre officielle de Mohammed VI avec le président Xi Jinping l’an passé.

Plus globalement, il s’agit pour la Chine de disposer d’une main d’œuvre qualifiée et relativement peu coûteuse pour produire les biens destinés essentiellement au marché européen.  En évitant toute surévaluation du dirham et en assurant une plus grande ouverture de son marché des capitaux via le centre financier de Casablanca, le Maroc permettra à son partenaire chinois de bénéficier des salaires compétitifs marocains et rendra plus facile le rapatriement des dividendes des entreprises délocalisées.

Système financier en bonne santé

Un autre atout du Maroc dans la région est la bonne santé affichée de son système financier. Les grandes banques marocaines, Attijariwafa, BCP et BMCE sont dans une phase expansive en Afrique. Elles prennent des positions par croissance externe ou via la création de succursales au Tchad, en Egypte, au Ghana ou encore au Rwanda.

La plus grande mobilité des capitaux autorisée par la fluctuation du dirham permettra de poursuivre et d’accélérer ce développement à l’international des principaux établissements financiers du pays.

Les risques

Néanmoins, le passage d’un régime fixe à un régime flottant comporte également des risques qu’il ne faut pas sous-estimer.  Les différentes crises financières qui ont jalonné l’histoire des pays dit « émergents » montrent que le phénomène de « fuite vers la qualité » des capitaux étrangers en cas de choc est particulièrement brutal.

L’évolution de l’endettement extérieur libellé en devises étrangères doit être surveillée avec la plus grande attention sous peine de subir une spirale de la dette explosive en cas de forte dépréciation.

La compétitivité prix à laquelle aspirent les candidats au système flottant peut générer une inflation importée qui érode le pouvoir d’achat des consommateurs et détériore les conditions de crédit. Adopter un modèle de développement tourné vers l’international qui ne pénalise pas la croissance du marché domestique est toujours un équilibre très difficile à trouver.

les entreprises vont être confrontées à une plus grande volatilité du taux de change et des taux d’intérêt qu’elles devront assumer

Le FMI a noté dernièrement que les salaires marocains augmentaient plus rapidement que la productivité du travail. L’avantage comparatif du coût salarial marocain pourrait ne pas se prolonger si la tendance se poursuivait dans un contexte de stabilité du dirham.

Enfin, sur le plan microéconomique, les entreprises vont être confrontées à une plus grande volatilité du taux de change et des taux d’intérêt qu’elles devront assumer. L’implémentation d’outils de gestion des risques, la formation des directions financières et des centres d’affaires au sein des établissements bancaires ainsi que les coûts liés à la couverture vont nécessiter d’intégrer ces investissements et charges dans le modèle économique des entreprises afin d’aborder dans les meilleures conditions possibles cette délicate transition.

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