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États-Unis : robots oui, Gambiens non !

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Comme tant d’autres, cinq jeunes Gambiens n’ont pas obtenu de visa pour aller aux États-Unis. Mais, auréolés d’un statut d’inventeurs en herbe invités à un concours de Washington, ils suscitent un fort mouvement de sympathie médiatique.

La chute d’un satrape fait toujours planer autour de ses jeunes compatriotes une aura révolutionnaire. Elle suscite dans le monde une envie d’écouter les témoignages de peuples libérés de l’oppression. Cet état de grâce a-t-il déjà quitté les Gambiens, six mois après le départ du fantasque Yahya Jammeh ? Les États-Unis, en tout cas, n’ont pas l’air enthousiasmés à l’idée d’accueillir de jeunes créatifs originaires de la Gambie. Pour être plus précis, ce sont les autorités américaines qui rechignent à délivrer certains visas…

Un groupe de cinq élèves gambiens a pourtant été invité au First Global Challenge, un concours de robotique américain où 160 pays seront représentés, dès le 16 juillet. Il s’agit d’une manifestation destinée à promouvoir l’ingénierie et la technologie dans les écoles du monde entier. Pour ce faire, les jeunes ressortissants de Gambie ont construits eux-mêmes des robots qui les ont mobilisés des journées entières et qui ont retenu l’attention des organisateurs du concours. Mardi dernier, les inventeurs adolescents annonçaient pourtant qu’ils s’étaient vu refuser les visas d’entrée sur le sol américain.

Participation par visioconférence

Ce blocage intervient dans une atmosphère « trumpienne » qui rime avec entrebâillement minimum des frontières. Pourtant, contrairement à des élèves afghans « recalés » qui devaient également participer au First Global Challenge, les Gambiens ne sont pas concernés par le décret anti-immigration qui entre en vigueur, ce jeudi 6 juillet, après de longues tergiversations conclues par une décision temporaire de la Cour suprême. Seuls la Libye, la Somalie, le Soudan, l’Iran, la Syrie et le Yémen sont visés par cette nouvelle disposition directement inspirée de la campagne électorale de Donald Trump.

L’ingénieur en herbe gambien Fatoumata Ceesay, 17 ans, déclarait, en début de semaine à l’Agence France Presse, que « ce serait vraiment triste de ne pas aller aux États-Unis pour montrer les robots ». Si la décision de l’ambassade américaine à Banjul était confirmée, ces passionnés gambiens de la technologie n’auraient plus qu’à compter sur cette même technologie pour participer virtuellement au concours de Washington.

Les plus grognons des Américains pourraient rétorquer que c’est bien grâce à la multinationale américaine Microsoft et à son département Microsoft Skype Division que les élèves ouest-africains pourront intervenir au concours par visioconférence. Sauf que Skype a été créé par un Danois et un Suédois. Heureusement qu’on ne les a pas snobés à l’époque…

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