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Les policiers tunisiens, trop ou pas assez protégés ?

Par Jeune Afrique avec AFP

Des policiers dans le centre-ville de Tunis en novembre 2015. © Hassene Dridi/AP/SIPA

Des centaines de policiers se sont rassemblés ce jeudi 6 juillet devant le Parlement tunisien pour réclamer une loi les protégeant davantage lorsqu'ils sont en opération. Cette manifestation intervient quelques jours après un appel de l'ONG Human Rights Watch à la suppression du délit « d'outrage ».

« Ni peur ni terreur, l’agent de sécurité fait partie de ce peuple ». C’est au son de ce slogan que les policiers ayant répondu à l’appel du Syndicat national des forces de sécurité ont manifesté ce jeudi devant le Parlement, près de Tunis, pour protester  les agressions enregistrées ces dernières semaines contre des agents de sécurité. « Cher gouvernement, chers députés, c’est honteux que notre collègue ait été brûlé », ont aussi lancé les manifestants, qui brandissaient des portraits de policiers blessés ou le drapeau national. Si la majeure partie des policiers rassemblés devant le Parlement sont venus dire leur mécontentement en civil, certains ont circulé autour du lieu de rassemblement dans leurs véhicules de fonction, toutes sirènes allumées.

« Il faut que l’Etat protège ses hommes ! », a dit à l’AFP Chokri Hamada, porte-parole du Syndicat national des forces de sécurité intérieure, estimant que « l’État a laissé tomber les agents de sécurité qui appliquent la loi ». Les représentants syndicaux des policiers ont également rappelé les dernières agressions en date. Le 24 juin, un policier est mort après avoir été grièvement brûlé par un cocktail Molotov lors des violences tribales qui ont secoué la région de Sidi Bouzid, dans le centre du pays. Deux autres agents de police y ont également été blessés par des jets de projectiles et de pierres.

Nous ne sommes pas protégés, ni nous ni les membres de nos familles !

« Et si les gens parlent aujourd’hui d’une faiblesse de l’État, c’est parce que nous ne sommes pas protégés, ni nous ni les membres de nos familles », a ajouté Chokri Hamada. Selon lui, « l’adoption d’une loi interdisant les agressions contre les forces de sécurité intérieure » est nécessaire.

En 2015, ce syndicat avait réclamé une majoration salariale au profit des forces de l’ordre, faisant notamment valoir la difficulté croissante de leur tâche dans un pays affecté depuis la révolution de 2011 par une hausse des attaques jihadistes, qui ont coûté la vie à plusieurs dizaines de militaires, policiers et gendarmes.

Pressions subies par des victimes présumées d’abus policiers

Dans le même temps, des militants des droits de l’Homme demandent, eux-aussi, une meilleure protection des citoyens tunisiens face à la police. Dans un communiqué publié le 4 juillet, l’ONG Human Rights Watch (HRW) alerte sur le fait que des victimes présumées d’abus policiers qui portent plainte contre la police « s’exposent à des représailles » et risquent d’être accusées d’outrage aux forces de l’ordre. Le chef d’inculpation d’« outrage à un fonctionnaire public dans l’exercice de ses fonctions » prévoyant jusqu’à un an de prison en vertu de l’article 125 du code pénal tunisien, précise HRW.

Le chef d’inculpation d’outrage à la police a été souvent utilisé pour intimider les citoyens.

« Le chef d’inculpation d’outrage à la police a été souvent utilisé pour intimider les citoyens qui osent se plaindre du comportement des policiers », a déclaré Amna Guellali, directrice du bureau de Tunis de Human Rights Watch. « La démocratie naissante en Tunisie devrait encourager les plaintes fondées et crédibles contre tout comportement répréhensible des forces de l’ordre, au lieu de les punir. »

L’organisation appelle ainsi à abroger l’article 125 du code pénal « en raison des divers dangers qu’il fait peser sur les droits humains » et à cause de « l’application abusive » qui peut en être faite. « L’absence dans le droit tunisien d’une définition de ce qui constitue un outrage en vertu de cet article donne aux autorités une latitude considérable pour son interprétation et pour criminaliser la liberté d’expression légitime. (…) Procureurs et juges devraient examiner avec diligence, et évaluer de façon impartiale, les éléments de preuve autres que les déclarations des policiers faisant état d’’outrage », préconise le communiqué du l’ONG.

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