Start-up de la semaine : Nkalo, le service d’information qui conseille les agriculteurs africains

Par - À Ouagadougou

L'agriculture reste le premier contributeur au PIB burkinabé. Ici à proximité de Bobo Dioulasso. © Javier Mármol/CC/ Flickr

Mis en selle par l'Ong française Rongead et son partenaire ETC Terra au Burkina Faso, Nkalo propose de conseiller les agriculteurs, notamment sur le prix de vente de leurs céréales. Présente dans sept pays du continent, la start-up veut désormais s'exporter au-delà de l'Afrique de l'ouest.

Tout commence en 2010. S’inspirant du modèle de l’entreprise française Offre & Demande Agricole Sarl, l’Ong Rongead expérimente un service d’information et de conseil économique pour les producteurs d’anacarde, en Côte d’Ivoire. Et, alors que ce genre d’initiative ne court pas les rues dans la région, le succès est au rendez-vous. Les concepteurs décident d’étendre NKalo − qui signifie en langue dioula « je sais », « je comprends » ou encore « je suis au courant » − à de nouvelles filières et à d’autres pays.

Dans le même temps, la start-up rend l’accès aux informations payant, ce qui n’empêche pas NKalo de revendiquer plus de 3 millions de messages envoyés à 30 000 abonnés en 2016. « Nous diffusons des informations auprès des agriculteurs de notre réseau pour un coût compris entre 40 et 100 F CFA par sms selon la durée de notre campagne », indique NKalo sur son site internet

L’engouement semble réel : le concept aurait permis à 73 300 agriculteurs répartis dans sept pays (Burkina Faso, Mali, Côte d’Ivoire, Tchad, Sénégal, Gambie et Soudan) de générer un chiffre d’affaires supplémentaire de plus de 4 millions d’euros,  d’après les statistiques compilées par les experts de Rongead.

Des gains supplémentaires pour les agriculteurs

Les services de NKalo couvrent plusieurs filières parmi lesquelles l’anarcarde, le sésame, le maïs, l’oignon, le karité, l’arachide. Mais ce sont l’anarcade et le sésame qui rapportent à l’entreprise les gains les plus importants, estimés respectivement à 1,2 millions et 2,6 millions d’euros. Toutes deux concentrent plus de la moitié des abonnés, soit 50 300. D’après les estimations de Rongead, un producteur d’anacarde qui utilise NKalo gagnerait 61 euros de plus qu’un autre, contre 76 euros pour le sésame et jusqu’à 114 euros pour l’oignon.

NKalo nous envoie des SMS informant que les prix du sésame sont en hausse, stables ou en baisse

Au Burkina où NKalo est en place depuis 2012, près de 12 000 producteurs inscrits sur la plateforme se frottent les mains. Yempabou Couldiaty, basé à Koupela, à 160 km à l’Est de la capitale, est l’un d’entre eux. Ce relais qui a inscrit plus de 200 contacts à NKalo affirme que le service proposé par la start-up est un baromètre du marché.

« NKalo nous envoie des SMS informant que les prix du sésame sont en hausse, stables ou en baisse. Nous recevons des informations sur le prix bord champ », dit-il, assurant qu’avant l’arrivée de NKalo les producteurs n’avaient aucune idée des prix du sésame.

« NKalo a créé une confiance réciproque entre acheteurs et producteurs. Fini les palabres inutiles auxquelles on assistait sur le marché », admet celui qui a écoulé 842 kilogrammes de sésame en 2016, pour un bénéfice de plus de 500 000 F CFA.

Un partenariat avec Orange dans les cartons

NKalo propose trois services orientés principalement vers les tendances du marché aux abonnés. D’abord, le bulletin d’information via les courriers électroniques s’adresse aux paysans individuels, aux commerçants et aux organisations agricoles. Ensuite, la start-up propose un service de SMS qui fournit des conseils pratiques aux producteurs, aux transformateurs locaux et aux petits négociants. Enfin, elle fait également du conseil par téléphone.

« L’information commerciale qui est notre vocation première est complétée par des conseils pratiques comme les itinéraires techniques, le choix des intrants, les prévisions météorologiques, etc », complète-t-on chez NKalo. Il faut dire que l’entreprise a mis en place un réseau de relais sur les marchés locaux, chargés de collecter les données qui sont ensuite transmises à des analystes régionaux et nationaux.

« NKalo fait maintenant de l’intelligence économique : l’information que nous délivrons n’est pas une simple description des marchés africains et internationaux, elle repose sur une méthodologie d’analyse prospective complétée par des conseils orientés vers le management des risques commerciaux », vante Souleymane Gaye, coordonnateur de projet chez Rongead à Ouagadougou.

Pour réussir son pari de l’extension, NKalo est entré en négociation « avancée » avec l’opérateur de téléphonie mobile et Orange pour la diffusion de ses SMS. Une fois conclu, ce partenariat devrait ouvrir une nouvelle ère pour NKalo qui insiste sur l’urgence à démocratiser ses services, et à les proposer à des acteurs de filières telles que celle du maraîchage.

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