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Tunisie : la hausse des prix du tabac et du carburant fait débat

Par Jeune Afrique

Une station-essence en Tunisie. © Magharebia/Wikimedia Commons

Prévue dans la loi de Finances 2017, entrée en vigueur le 1er janvier, la hausse des prix du carburant et du tabac est aujourd’hui effective. Provoquant ainsi le mécontentement de nombreux consommateurs tunisiens.

Le prix du carburant a augmenté pour la première fois en trois ans de 100 millimes pour l’essence sans-plomb et de 90 millimes pour le diesel, ont annoncé le 2 juillet par communiqué le ministère de l’Énergie et des mines et celui du Commerce. Le lendemain, ce fut au tour des cigarettes de subir une nouvelle hausse des prix. La dernière –et la troisième depuis la révolution tunisienne- avait eu lieu en juillet 2014.

Ces hausses, explique Fadhel Abdelkefi, ministre de l’Investissement, du Développement et de la Coopération internationale ainsi que des Finances (par intérim), sont principalement dues à la dépréciation du dinar face au dollar. Elles étaient par ailleurs prévues depuis janvier, rappelle-t-il,  dans le but de réduire le déficit budgétaire du pays, conformément aux recommandations du Fonds monétaire international (FMI).

Il ne faut pas oublier que nous sommes en état d’urgence économique avec une croissance atone et des finances publiques en grande difficultés.

« Un ajustement s’impose » donc pour compenser des subventions gouvernementales, plus importantes jusque-là dans le secteur énergétique -1500 millions de dinars au lieu des 650 millions de dinars initialement prévus. « Il ne faut pas oublier que nous sommes en état d’urgence économique avec une croissance atone et des finances publiques en grande difficultés », a-t-il souligné sur les ondes de Mosaïque FM. « L’année 2018 sera une année difficile à cause de l’augmentation de la pression sur les finances publiques », a-t-il ajouté.

Concernant plus particulièrement la hausse du prix des cigarettes, la décision fait suite à « une recommandation de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) », a indiqué le 3 juillet sur Shems FM Taoufik Rajhi, ministre-conseiller auprès du chef du gouvernement. « Un paquet de Marlboro à l’étranger coûte environ 8 euros. Il ne s’agit pas d’un produit de première nécessité ! L’OMS recommande une augmentation annuelle du prix des cigarettes pour limiter leur consommation », a-t-il ajouté.

Une hausse jugée « abusive et injustifiée »

De nouvelles mesures qui pèsent sur les vendeurs et consommateurs, de l’avis de plusieurs d’entre eux. Si certains considèrent que ces hausses des prix encouragent le commerce parallèle, d’autres déplorent une « soumission » aux organisations internationales au détriment de la « souveraineté nationale ».

« L’unique raison est de servir les intérêts de certains investisseurs », a affirmé le député à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et président de la commission des Finances, Mongi Rahoui, sur Shems FM.

Moez Joudi, économiste et président de l’Association Tunisienne de Gouvernance (ATG), n’est pas non plus convaincu :

« Cette hausse, qui vient frapper de nouveau l’économie du pays, constitue une violation de l’accord conclu entre le gouvernement et l’organisation syndicale, relatif à l’augmentation des salaires qui prévoit notamment la maîtrise des prix », indique un communiqué publié mardi 4 juillet par l’Union générale tunisienne du travail (UGTT).

Une hausse des prix des carburants jugée « abusive », et « économiquement injustifiée » par la centrale syndicale, qui estime que ces augmentations favoriseront l’inflation, rapporte l’agence TAP. « Cette hausse des prix pourrait se répercuter sur le coût du transport des marchandises, le transport public, l’électricité et les productions industrielles et agricoles », prévient l’organisation, appelant à ne pas « toucher » aux prix des produits de base.