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Entre Omar el-Béchir et Fatou Bensouda, Jacob Zuma doit choisir ses amis

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Jeudi, la Cour pénale internationale doit décider si l’Afrique du Sud a violé des lois internationales, en n’arrêtant pas le président soudanais en 2015. Une décision qui en dira beaucoup sur la marge de manœuvre de la Cour dans l’avenir...

La vie déjà agitée de Jacob Zuma, sur le plan national, serait encore suffisamment détendue s’il pouvait, au niveau international, être copain avec tout le monde. Camarade avec tous les présidents d’un continent représenté par une Union souvent qualifiée de « syndicat de chefs d’État » ; en bon terme, aussi, avec les instances internationales auxquelles les pays diplomatiquement peu influents aiment adhérer pour être bien vus de la communauté internationale. Mais ça coince, aujourd’hui, pour Pretoria. Au casse-tête des amitiés incompatibles, Zuma est sommé de choisir entre le collègue Omar el-Béchir et Fatou Bensouda, procureure générale de la Cour pénale internationale (CPI).

En laissant Béchir décoller d’une base militaire sud-africaine, Pretoria avait donc, selon La Haye, « choisi de ne pas arrêter » le Soudanais.

Le président soudanais, l’Afrique du Sud l’a reçu en juin 2015, à l’occasion d’un sommet de l’Union africaine à Johannesburg. Omar el-Béchir est visé par deux mandats d’arrêt internationaux émis en 2009 et 2010 pour « génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre » commis au Darfour. Or, le pays de Jacob Zuma a signé et ratifié le statut de Rome, traité international qui a servi de base à la création de la CPI et qui implique que tout pays signataire arrête les inculpés de la Cour quand il en a l’occasion. En laissant Béchir décoller d’une base militaire sud-africaine, Pretoria avait donc, selon La Haye, « choisi de ne pas arrêter » le Soudanais.

Décision de la CPI attendue jeudi

La CPI a lancé, en avril, une procédure visant à établir s’il y a eu violation formelle des lois internationales par l’Afrique du Sud. La décision doit être prononcée jeudi. Telle une jurisprudence, elle devrait servir de référence pour la coopération future entre les États et la Cour. La CPI ne disposant pas de force de police propre pour arrêter les suspects qu’elle recherche, elle entend établir formellement son impossibilité à fonctionner sans le soutien de ses États-membres.
Gêné aux entournures, Jacob Zuma s’était déjà résigné à choisir entre l’amitié de Béchir et celle de Bensouda.

Le bras de fer entre La Haye et Pretoria semble confirmer les incompréhensions entre le continent africain et une Cour jugée « afrophobe », au regard des origines de ses inculpés.

S’il s’avère qu’il ne peut pas négocier ses obligations envers la CPI, il préfère que son pays s’en retire. Il l’a déjà affirmé par une lettre de retrait envoyée en octobre à l’ONU, lettre jugée «inconstitutionnelle et invalide» par… sa propre justice sud-africaine. La semaine dernière, il a réitéré ses intentions, assurant modifier les failles de procédure précédemment soulevées. La nature et le ton de la décision prochaine de la CPI sera donc scrutée avec beaucoup d’intérêt. Mais peut-être l’affaire sera-t-elle déportée devant l’Assemblée des États-parties au Statut de Rome ou devant le Conseil de sécurité.

Le bras de fer entre La Haye et Pretoria semble confirmer les incompréhensions entre le continent africain et une Cour jugée « afrophobe », au regard des origines de ses inculpés. Mais la défiance envers la CPI n’est pas qu’africaine. Des pays comme les États-Unis n’ont pas ratifié le traité de Rome. Tout comme la Russie, qui vient d’inviter officiellement Omar el-Béchir, au mois d’août, et qui avait même annoncé, en novembre dernier, son intention de retirer sa signature du Statut de Rome. Si ça continue, ce n’est pas Jacob Zuma qui comptera ses amis avec fébrilité. C’est Fatou Bensouda…

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