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L’Afrique peut redéfinir sa place dans le monde, si elle joue collectif

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Ibrahim Assane Mayaki est le secrétaire exécutif du NEPAD.

Sommet de l'Union africaine à Addis Abeba, le 30 février 2015. © Elias Asmare/AP/SIPA

Alors que s’achève le 29e sommet de l’Union africaine, qui a rassemblé pendant quelques jours tous les États de l’Afrique, je voudrais rappeler pourquoi il est essentiel de préserver et d’amplifier les liens qui nous unissent. Il y va tout simplement de la place de notre continent dans une mondialisation en pleine redéfinition. Depuis trop longtemps, ses populations et ses richesses ont été dispersées de par le monde sans qu’elle en tire un bénéfice durable. Il est impératif pour l’Afrique de s’émanciper enfin.

Souvent présentée comme le berceau de l’humanité, l’Afrique a non seulement permis de peupler le reste de la terre par vagues de migrations successives, elle a aussi contribué à l’approvisionner de multiples richesses, alimentant au passage des réseaux commerciaux et des trafics extrêmement lucratifs : les caravanes transsahariennes, le commerce triangulaire, les comptoirs coloniaux ou, plus récemment, l’or et le platine sud-africains ou le coltan congolais. Cette liste dit quelque chose de profondément dérangeant sur la place de l’Afrique.

Le continent a vécu au rythme des différentes périodes de la mondialisation sans pouvoir l’influencer ou la maîtriser. La question fondamentale est la suivante : comment l’Afrique pourrait-elle passer d’une intégration subie à une appropriation maîtrisée de la mondialisation, dans le but de réduire les inégalités dont elle est victime ? Y parvenir, c’est aussi le meilleur moyen d’offrir un avenir à sa jeunesse.

L’Afrique n’a pas le choix des règles, mais elle a le choix des armes

L’Afrique n’a pas le choix des règles, mais elle a le choix des armes. Plutôt que d’être un acteur passif de la mondialisation, il convient de prendre acte des règles du jeu et d’y participer en connaissance de cause.

Migrations et échanges commerciaux

C’est dans cette optique que, au début des années 2000, l’Afrique s’est mobilisée pour jeter les bases des institutions qui lui permettraient de parler d’une seule voix et de décider pour elle-même. Je pense à l’Union africaine et à l’institution que j’ai l’honneur de diriger, le NEPAD. Pour étayer mon propos, je voudrais parler de deux phénomènes complémentaires et indissociables : les migrations et les échanges commerciaux.

Un mot d’abord sur les flux démographiques, source de tragédies insupportables. Il est clair que ces flux détermineront une grande partie de l’avenir économique de l’Afrique et des évolutions politiques des pays riches. Les catastrophes à répétition que l’on constate en Méditerranée sont autant d’appels à une réflexion de fond sur ces questions.

Pourtant, je crois que notre attention est beaucoup trop largement accaparée par les migrations Sud-Nord, sans doute parce que les caisses de résonances médiatiques sont bien plus puissantes dans les pays riches. Je suis persuadé que le plus grand défi se joue à un tout autre niveau, avec un phénomène de migrations Sud-Sud de plus en plus dynamique.

Le levier de la libre-circulation des personnes

Les migrants qui quittent les pays en développement pour les pays développés forment toujours le premier contingent (119 millions), mais les migrations entre pays en développement ne cessent d’augmenter, si bien qu’elles représentent aujourd’hui 79,6 millions d’individus.

En tant qu’Africains, le premier levier sur lequel nous pouvons agir concerne donc la libre-circulation des personnes, indépendamment des politiques décidées au « Nord ». Les migrations répondent à un besoin d’une meilleure allocation des ressources : la force de travail se déplace là où elle peut trouver à s’employer.

Entraver ce mouvement, c’est courir le risque de voir des populations pauvres captives d’un cercle vicieux d’appauvrissement et les zones les plus dynamiques privées de force de travail. L’Afrique doit donc faire tomber ses frontières pour autoriser une libre circulation de ses populations.

Nouvelles routes migratoires

Face au phénomène de « saturation » en Occident, il est en outre probable que les migrants se dirigeront de plus en plus vers le Moyen-Orient et peut-être même l’Asie, d’autant plus que des pays comme la Chine et la Corée du Sud n’ont pas encore connu l’immigration de masse. Pourtant, ces pays auront à leur tour besoin de rajeunir leur population. Le débat doit aussi, tôt ou tard, inclure ces zones dans la réflexion.

Sur un plan économique, l’Afrique ne représente encore que 2,4 % des exportations mondiales (1,7 % pour l’Afrique subsaharienne) et elle est encore faiblement intégrée dans les chaînes de valeur mondiale pour les produits transformés.

Pourtant, à l’inverse, dans de nombreuses régions d’Afrique subsaharienne, le commerce extérieur, mesuré en termes d’importations et d’exportations de biens et de services, représente plus de 50 % du PIB.

Ce paradoxe souligne bien l’asymétrie dont est frappée l’Afrique dans ses échanges avec le reste du monde. Alors qu’elle n’y pèse guère, elle en est fortement dépendante pour sa prospérité.

Situation paradoxale

Il est vrai que l’avenir économique de l’Afrique continuera aussi de dépendre d’une réflexion qui lui échappe. La situation est paradoxale. En effet, si les marchés en Europe ou en Amérique du Nord sont ouverts aux exportations du continent, il reste encore trop de distorsions préjudiciables aux productions africaines, notamment pour les matières premières agricoles.

L’Afrique doit donc non seulement défendre ses intérêts d’une seule voix, mais aussi compter sur ses propres ressources et œuvrer à se réformer, à s’éduquer et à échanger avec elle-même.

En effet, de même que pour la difficile équation démographique et migratoire, il faudra à l’Afrique accélérer la mise en œuvre de ses marchés régionaux. C’est en jouant collectif qu’elle pèsera plus lourd dans l’économie mondiale.

En d’autres termes, la place de l’Afrique dans la mondialisation doit être pensée à long terme. Surtout, elle doit prendre en compte les nouveaux partenariats, les nouvelles solidarités. Où se dirigeront les Africains dans 30 ans ? D’où viendront réellement les flux d’investissement étrangers et les investisseurs privés ? Si nous ne nous posons pas cette question, nous ne parviendrons pas plus à tirer profit de notre démographie et de nos diasporas qu’à mettre en valeur nos ressources naturelles.

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