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Reed Brody : « Si l’UA parvenait à restituer l’argent aux victimes de Hissène Habré, elle frapperait un grand coup »

Reed Brody, fervent militant pour l'organisation du procès d'Hissène Habré © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Lors du 29e sommet des chefs d'État de l’Union africaine, les victimes de l’ancien président tchadien espèrent qu’un fonds d’indemnisation va être créé. Condamné à perpétuité en avril dernier, l’ancien dictateur doit verser 123 millions d’euros.

Deux mois après la condamnation à perpétuité de l’ancien Président tchadien par les Chambres extraordinaires africaines (CAE), l’affaire Hissène Habré revient devant l’Union Africaine (UA). Lors du 29e sommet des Chefs d’État et de gouvernements du continent qui s’ouvre lundi 3 juillet, les victimes espèrent qu’un fonds d’indemnisation va être créé. Elles pourraient ainsi toucher les 123 millions d’euros qu’Hissène Habré a été condamné à leur payer. Reed Brody, membre de la Commission internationale de justice, et qui a été l’un des plus fervents militants pour l’organisation du procès de l’ancien dictateur, souhaite que l’Afrique termine ainsi de rendre justice aux victimes.

Jeune Afrique : deux mois après la condamnation de Hissène Habré à la perpétuité, pourquoi cette affaire est-elle à nouveau à l’ordre du jour du 29e sommet de l’Union Africaine ?  

Reed Brody : Pour les victimes, la condamnation de Hissène Habré a été une immense satisfaction. Qu’un ancien Président africain soit jugé et condamné en Afrique avec le soutien de l’UA a été l’aboutissement de plus de 20 ans de travail acharné. Mais en plus de sa peine de prison, Hissène Habré a été condamné à verser une indemnisation aux victimes et elles n’ont toujours rien touché.

L’argent n’était pas le but de notre combat, mais c’est quand même important

L’argent n’était pas le but de notre combat, mais c’est quand même important. La plupart des victimes sont très pauvres donc, bien sûr, elles aimeraient recevoir l’indemnisation qui leur est dû. Un fonds doit être créée par l’UA pour cela, il doit être alimenté par les contributions des États mais surtout par des avoirs de Hissène Habré. Il devient urgent que ce soit fait.

Sait-on où se trouve l’argent de Hissène Habré ?

Hissène Habré a eu 25 ans pour dissimuler tout ce qu’il a volé au peuple tchadien. Au Sénégal, une villa d’une valeur de 600 000 euros a été saisie mais on ne sait pas où le reste a été caché. L’argent peut se trouver en Afrique, en Europe ou dans les États du Golfe. Il faut donc enquêter.

Le procès de Hissène Habré a été l’honneur de l’UA, il faut saluer le travail qui a été abattu pour en arriver là.

Sans aucun doute, cela prendra du temps. Le procès à été l’honneur de l’UA, il faut saluer le travail qui a été abattu pour en arriver là. Maintenant, si l’UA parvenait en plus à restituer l’argent aux victimes de Habré, elle frapperait grand coup.

Alors que de nombreux pays africains font part de leur défiance face à la Cour Pénale Internationale (CPI), le procès de Hissène Habré pourrait-il servir de modèle de justice africaine pour les Africains ?

Ce procès a fourni la preuve que les juridictions africaines étaient capables d’enquêter sur des crimes commis il y a 25 ans et d’organiser un procès avec très peu d’argent − seulement 9 millions d’euros. L’affaire Habré peut être reproduite, car c’était l’œuvre des victimes et uniquement d’elles. Les victimes tchadiennes ont commencé leur combat en s’inspirant de celles de Pinochet. Désormais, les rescapés de Gambie, d’Afrique ou d’ailleurs, peuvent se dire : « Nous aussi, on peut faire ce que les victimes de Habré ont fait. » C’est un vrai espoir.

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