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Jean-Claude Gakosso : « La Libye court un véritable danger, la partition »

Par et - Envoyées spéciales à Addis-Abeba

Jean-Claude Gakosso, ministre congolais des Affaires étrangères, au siège des Nations unies, à New-York, le 2 octobre 2015. © Jason DeCrow/AP/SIPA

Denis Sassou-Nguesso, président du comité de haut niveau de l'Union africaine sur la Libye, doit réunir les principaux protagonistes de la crise dimanche, en marge du 29ème sommet de l’Union africaine (UA). Jean-Claude Gakosso, le ministre des Affaires étrangères du Congo-Brazzaville, revient sur l'avancée des négociations.

Livrée aux rivalités de milices depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est l’une des préoccupations majeures du continent, réuni à Addis-Abeba, en Éthiopie.

Denis Sassou-Nguesso, président du comité de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye, doit réunir, dimanche 2 juillet, les principaux protagonistes de la crise pour tenter d’y trouver une issue. Après l’échec des rencontres entre Fayez al-Sarraj, chef du gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale, et le Maréchal Khalifa Haftar, des interrogations subsistent sur la venue des deux hommes forts du pays à Addis-Abeba. Jean-Claude Gakosso, le ministre des Affaires étrangères du Congo-Brazzaville fait le point sur l’avancée de la médiation pour la Libye.

Jeune Afrique : À la tête du Comité de haut niveau de l’UA sur la Libye, le Congo-Brazzaville est en première ligne. Où en sont aujourd’hui les négociations ?   

Jean-Claude Gakosso : Je suis optimiste car je vois les choses bouger. Lors d’une récente mission en Libye, j’ai rencontré les principaux acteurs de la crise : Fayez al-Sarraj, le chef de gouvernement reconnu par la communauté internationale ; Abderrahmane Souihli qui dirige le Haut Conseil d’État, Aguila Salah Issa, le président du Parlement de Tobrouk et le maréchal Khalifa Haftar, en première ligne dans la lutte contre les groupuscules djihadistes.

La leçon que j’en ai tirée c’est que la Libye court un véritable danger, la partition. Lorsque dans un pays vous avez deux gouvernements, deux parlements, deux commandements militaires, deux banques centrales, c’est très dangereux. Et cela nous pousse à agir avec plus de célérité pour que chaque faction accepte de mettre un peu d’eau dans son vin.

Que peut-on espérer de la rencontre de dimanche sur la Libye ? 

Les dix chefs d’État des pays membres du Comité de haut niveau mis en place par l’Union africaine, notamment les voisins de la Libye, devraient être présents. Ils vont faire le point sur l’exécution de la feuille de route arrêtée à Brazzaville. C’est ce que le Président Sassou, en tant que président de ce comité de haut niveau de l’UA, a fait. Aujourd’hui, nous savons ce que veulent les uns et les autres, ce que refusent les uns et les autres. Maintenant, à l’UA d’amener chacun vers une sortie de crise durable.

Fayez al-Sarraj sera-t-il présent pour cette rencontre ?

Je ne sais pas encore.

Et le maréchal Khalifa Haftar ?

Je ne sais pas non plus.

Les positions sont-elles réellement conciliables ? On a le sentiment que la Libye est dans une impasse…

Ce n’est pas facile mais avec la volonté et un peu d’humilité, on pense qu’ils peuvent fléchir et faire des concessions afin d’aboutir à un accord acceptable.

Comment vous coordonnez-vous avec le nouvel émissaire des Nations unies, Ghassan Salamé ?

Pour l’instant je n’ai pas eu de contact avec lui, mais ça ne saurait tarder.

Avez-vous des nouvelles de  Seif al-Islam, le fils de Mouammar Kadhafi ? Sa libération a été annoncée mais personne ne sait où il se trouve…

Honnêtement, je n’en sais rien ! Mais il est forcément quelque part sur cette Terre.

Pour vous, fait-il partie de la solution ?

Notre principe est simple. Il faut l’approche la plus inclusive possible car à chaque fois que des gens sont marginalisés et mis de côté, cela crée des frustrations. Donc oui, il faut faire avec tout le monde.

Juste après l’annonce de sa libération, la procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a réclamé son arrestation. Quelle est votre réaction ?  

D’abord, cela saute aux yeux de tout le monde. Cette Cour est partiale. Les Africains n’ont pas le monopole de la violence. Ce n’est pas normal qu’un tribunal ne juge que des Africains. Je pense que la CPI gagnerait à explorer d’autres horizons.  Nous réalisons un travail diplomatique qui n’est pas simple et la seule chose que Fatou Bensouda, la procureure de la CPI, réclame, c’est l’arrestation de Seif al-Islam.