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Tunisie : des sites de production décrétés « zone militaire interdite »

Par Jeune Afrique avec AFP

Des soldats montant la garde à Tunis, en 2011. © Christophe Ena/AP/SIPA

Les sites de production et installations vitales du pays seront désormais considérés comme « zone militaire interdite » en Tunisie, a annoncé la présidence de la République. Cette mesure vise à empêcher leur entrave par des mouvements sociaux.

Un décret en ce sens « a été examiné et approuvé » par le conseil de sécurité nationale réuni mercredi 28 juin au palais présidentiel, a indiqué Béji Caïd Essebsi dans un communiqué. Présenté par le ministère de la Défense, le texte entrera en vigueur dès publication au Journal officiel, a précisé à l’AFP la présidence de la République, sans autre précision.

Le nombre de sites concernés n’a pas non plus été mentionné. Sollicité, le porte-parole du ministère de la Défense, Belhassen Oueslati, n’a pas souhaité faire de commentaire.

Une liste « longue et diversifiée »

Selon le quotidien La Presse de jeudi 29 juin, la liste des sites, qui « sera révélée prochainement au public », « sera longue et diversifiée puisqu’il s’agit maintenant de savoir quelle est l’installation qui peut être considérée comme stratégique ou vitale ». Elle concernera les sites pétroliers et le bassin minier de Gafsa, mais « pas exclusivement », d’après le journal.

Six ans après la révolution, la Tunisie cherche toujours à relancer son économie. L’actuel gouvernement d’union, à l’image de ses prédécesseurs, est confronté à une grogne sociale donnant lieu à la paralysie de sites de production.

En réaction à cette grogne, le chef de l’État Béji Caïd Essebsi avait annoncé le 10 mai, lors d’un discours officiel, que l’armée allait dorénavant protéger ces sites des mouvements sociaux susceptibles d’empêcher leur exploitation.

« Toute personne voulant manifester peut manifester, dans le cadre de la loi […]. Mais si tu veux manifester et que la première chose que tu fais, c’est stopper la production de la Tunisie […] où allons-nous ? », avait-il lancé, ajoutant : « Nous savons que c’est une décision grave mais elle doit être prise. »

Si tu veux manifester et que la première chose que tu fais, c’est stopper la production de la Tunisie […] où allons-nous ?

Au cours des jours suivants, un sit-in observé depuis plusieurs semaines à El-Kamour (sud-est), à proximité d’un complexe pétrolier, avait dégénéré en heurts. Le 22 mai, un manifestant avait été tué par un véhicule de la gendarmerie, « accidentellement » selon les autorités, provoquant une flambée de violences dans la région.

Après médiation du puissant syndicat UGTT, un accord avait été trouvé mi-juin entre autorités et manifestants, prévoyant des embauches pour les jeunes de la région et la création d’un fonds d’investissement. Des mouvements sporadiques persistent toutefois sur d’autres sites, à Kébili (sud) par exemple.