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Législatives au Sénégal : Abdoulaye Wade, l’éternel retour de nouveau évoqué

Abdoulaye Wade, ancien président de la République du Sénégal, lors d'une interview accordée à Jeune Afrique en avril 2014 à Dakar. © Youri Lenquette pour JA

La date exacte de son retour n’est pas encore fixée, mais ses partisans l’assurent : Abdoulaye Wade, l’ancien président du Sénégal, sera bien de retour au pays dans les jours qui viennent. L’ancien chef de l'État, désigné tête de liste de son camp pour les législatives du 30 juillet prochain, « mènera campagne », disent ses partisans.

Au Sénégal, le retour des Wade est un serpent de mer. Depuis des mois, des proches de la famille Wade ont tour-à-tour annoncé le retour du fils, Karim, puis du père, Abdoulaye. Dans le même temps, le silence est total du côté des premiers intéressés. Depuis Versailles, Abdoulaye Wade publie parfois sur les réseaux sociaux des messages, sinon sibyllins, du moins très loin de l’agitation qui saisit la scène politique sénégalaise à chaque mention de son nom. Karim Wade, pour sa part, n’a pas pris publiquement la parole une seule fois depuis son exil au Qatar, où il réside depuis un peu plus d’un an après avoir été gracié par le président sénégalais Macky Sall en juin 2016.

Mais cette fois, les partisans de l’ancien président du Sénégal sont catégoriques : Gorgui – « le vieux », en wolof – sera de retour à Dakar dans les jours qui viennent. « La campagne est officiellement lancée le 8 juillet. Je peux vous assurer qu’il sera là le 8 juillet au matin. Il sera des nôtres à l’ouverture de la campagne. Est-ce qu’il arrivera un jour, ou deux jours auparavant, je ne peux le dire. Mais il sera là », assure El Hadj Amadou Sall, cadre du Parti démocratique sénégalais (PDS) qui fut ministre de la Justice d’Abdoulaye Wade.

Un aspect du Code électoral sénégalais pèse beaucoup dans les derniers réglages concernant le retour de l’ancien Président sénégalais. Toute « propagande » est en effet interdite pendant les 30 jours précédant le lancement officiel de la campagne. Défense est donc faite aux médias nationaux publics et privés sénégalais de diffuser « toute manifestation ou déclaration publique de soutien à un candidat ou à un parti politique ou à une coalition de partis politiques, faite directement ou indirectement par toute personne ou association ou groupement de personnes, quelle qu’en soit la qualité, la nature ou le caractère ».

Des déplacements prévus dans les villes saintes

En clair : « Il ne pourra pas prendre la parole avant le début officiel de la campagne, le 8 juillet. Les télés ne pourront pas retransmettre d’images de son arrivée… C’est la loi. On s’interroge donc sur le meilleur moment pour ce retour », explique Oumar Sarr, secrétaire général adjoint du PDS.

Une chose est sûre, Abdoulaye Wade ne compte pas rester cantonné à Dakar. Il a d’ores et déjà prévu de se rendre à Touba et Tivaouane, respectivement ville sainte des Mourides et des Tidianes, les deux principales confréries musulmanes présentes au Sénégal. D’autres déplacements dans les principales villes du pays seraient également en préparation.

Le vieux lion qui fait peur à tout le monde est de retour

Après l’éclatement, fin mai, de la large coalition que l’opposition sénégalaise tentait de mettre sur pied pour faire face à la majorité présidentielle lors des législatives du 30 juillet prochain, Abdoulaye Wade avait été désigné tête de liste de son propre camp. Le jour de ses 91 ans, l’ancien Président a alors repris personnellement les rênes d’un PDS marqué par des luttes fratricides et de nombreuses défections.

« C’est le vieux lion qui fait peur à tout le monde qui est de retour », veut croire El Hadj Amadou Sall, qui fut aussi l’avocat du fils d’Abdoulaye Wade, Karim, devant la Cour de répression de l’enrichissement illicite. D’ailleurs, Karim Wade, qui réside au Qatar depuis la grâce accordée par le président Macky Sall le 24 juin 2016, « a un œil sur ce que nous faisons et il participera à la campagne, d’une manière ou d’une autre », assure El Hadj Amadou Sall.

Les Sénégalais ne voteront pas pour un rancunier ou un revanchard

Abdoulaye Wade, qui a perdu face à Macky Sall en 2012, n’en est pas à son premier « retour au pays ». En avril 2014, déjà, l’ancien président sénégalais était revenu à Dakar, dans des conditions rocambolesques, avant de reprendre le chemin de Versailles quelques mois plus tard. Et c’est la première critique que posent ses adversaires. « Il ne devrait pas « revenir » au Sénégal. C’est un ancien président, son lieu de vie, ce devrait être le Sénégal », estime Moustapha Diakhaté, président du groupe parlementaire sortant de l’Alliance pour la République (APR), le parti de Macky Sall.

Moustapha Diakhaté ne se représentera pas à la prochaine élection, mais il reste un soutien affirmé de la mouvance présidentielle. Et il assure que le retour d’Abdoulaye Wade n’inquiète pas au sein de la majorité. « Le PDS est disloqué, il a perdu l’essentiel de ses troupes. Et Abdoulaye Wade ne vient pas pour se faire élir député, mais pour se venger de la condamnation de son fils. Les Sénégalais le savent et ne voteront pas pour un rancunier ou un revanchard », lance-t-il.

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