La mission de l’ONU au Darfour, première victime des coupes imposées par les États-Unis

Par Jeune Afrique avec AFP

Des soldats tanzanien de la Minuad, la force conjointe de maintien de la paix au Darfour de l'ONU et de l'UA, en juillet 2014. © Albert Gonzalez Farran/AP/SIPA

La Minuad, la mission de maintien de la paix de l’ONU et de l’UA au Darfour, va être amputée d’au moins un tiers des 17 000 hommes actuellement présents sur le terrain. Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté jeudi 29 juin cette réduction d’effectifs, entérinant la volonté des États-Unis de réduire le budget des Casques bleus de 600 millions de dollars.

« Nous ne fermons pas les yeux sur le Darfour », a affirmé Peter Wilson, ambassadeur britannique à l’ONU, juste avant le vote au Conseil de sécurité, ce jeudi. « Nous reconnaissons que la situation au Darfour demeure fragile. (…) Toutefois, nous ne pouvons pas occulter le fait que la situation a évolué et il est normal que la Minuad s’adapte pour refléter cette réalité », a-t-il ajouté.

Cette nouvelle réalité, c’est surtout la volonté de Donald Trump de réduire la participation financière des États-Unis dans les opérations de maintien de la paix menées par l’ONU.  L’Assemblée générale des Nations unies doit en effet voter ce vendredi 30 juin une réduction du budget global des opérations de maintien de la paix pour 2018, qui passera de 7,87 milliards de dollars actuellement à 7,3 milliards.

Quelques minutes après la prise de parole de l’ambassadeur britannique, hier, la résolution britannique a donc été votée à l’unanimité par le Conseil de sécurité. Une résolution qui prévoit une réduction drastique des moyens à la disposition de la Minuad d’ici au mois de juin 2018.

De 17 000 à 11 000 hommes

La force conjointe de maintien de la paix de l’ONU et de l’Union africaine est déployée au Darfour depuis 2007. Avec un budget annuel d’un milliard de dollars, elle était jusqu’à maintenant l’une des plus importantes et des plus coûteuses opérations pour les Nations unies

Elle a pour mandat de lutter contre les violences qui sévissent au Darfour depuis le déclenchement de la rébellion en 2003. Des tribus locales s’étaient alors soulevées contre le régime soudanais d’Omar el-Béchir pour dénoncer la domination économique et politique des élites arabes, déclenchant un conflit long et dévastateur. Au moins 300 000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit qui a fait plus de 2,5 millions de déplacés selon l’ONU. Elle compte actuellement 17 000 policiers et militaires et passerait, au cours de l’année qui vient, à environ 11 000 hommes (8 735 soldats et 2 500 policiers). La baisse est plus forte pour les Casques bleus (-44%) que pour les forces de police (-30%).

Je suis à la fois triste et en colère à cause de la manière dont l’ONU trahit le peuple du Darfour

Plusieurs ONG ont mis en garde contre les conséquences d’un retrait des Casques bleus. « Il n’y a aucune raison de croire que les attaques du gouvernement sur des civils et d’autres abus ont cessé, puisque les mêmes forces de sécurité restent en place. Ils n’ont jamais été poursuivis pour leurs crimes et on ne peut se reposer sur eux pour protéger les civils », a ainsi regretté Daniel Bekele, directeur Afrique à Human Rights Watch, dans un communiqué diffusé le 14 juin dernier. Des critiques portées également par Aïcha El Basri, ancienne porte-parole de la Minuad, dans un entetien accordé le 23 juin au journal sud-africain Mail & Guardian. « Je suis à la fois triste et en colère à cause de la manière dont l’ONU trahit le peuple du Darfour », a-t-elle critiqué. « J’espérais que l’ONU ne capitulerait pas devant les pression du gouvernement soudanais, mais il semble que ce soit en train de fonctionner. »

La résolution portée par les britanniques et votée à l’unanimité hier par le Conseil de sécurité comportes cependant des garde-fous, assurent les diplomates onusiens. Les coupes dans les effectifs sont en effet conditionnées à la protection que le gouvernement soudanais assurera dans les zones où les soldats de la Minuad seront retirés. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, s’est engagé à mener une évaluation de la situation dans six mois, pour déterminer si « les conditions sur le terrain sont toujours propices à d’autres réductions ».

Couverture

Exclusivité : - 30% sur votre édition digitale


Couverture

+ LE HORS-SERIE FINANCE OFFERT dans votre abonnement digital. Accédez à toute l'actualité africaine où que vous soyez !

Je m'abonne à Jeune Afrique