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Migrants en Algérie : la guerre des hashtags

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Damien Glez

Une vague de messages haineux déferle sur les réseaux sociaux fréquentés par les Algériens. La cible ? Les migrants subsahariens présents dans le pays. Mais la riposte semble s'organiser...

« #لا_للافارقه_في_الجزاير ». « # Non aux Africains en Algérie ». Sur Twitter, ce hashtag suscite un rire jaune, une espèce d’hilarité à mi-chemin entre amertume et amusement. L’amertume vient de la violence des propos, relayée par des tweets décomplexés du genre « Les Africains vivent comme des rats » ou « Ils violent et répandent le sida dans nos villes ». L’amusement, lui, est occasionné par ce spectacle de ressortissants d’Afrique du Nord invitant à chasser les Africains – donc eux-mêmes – de leur présumé havre de paix. Schizophrénie, quand tu nous tiens, soulignent certains internautes ajoutant que celui qui a créé ce «hashtag de la honte a besoin de leçons en géographie ». Voire d’une « greffe de cerveau ».

Car, heureusement, le fleuve de haine obscène de cette campagne virale n’a d’égal que le barrage d’indignation dressé par des tweetos plus ou moins institutionnels. Côté structures organisées, c’est la branche algérienne d’Amnesty International qui a mené la riposte face à ce déferlement raciste contre les réfugiés et les migrants. Hashtag contre hashtag, l’ONG communique sous la bannière #Jaccueille, dénonçant des commentaires d’autant plus « regrettables, choquants et scandaleux » qu’ils pointent le bout de leur nez à la même période que la journée internationale des réfugiés du 20 juin.

L’invitation à « exterminer comme des rats » les migrants sub-sahariens relève d’un délit formel

Professionnelle, la structure comprend que les bons sentiments illustrés de cœurs roses, de colombes blanches ou même de selfies avec des enfants subsahariens ne peuvent suffire. Amnesty International interpelle donc aussi les autorités. Car l’invitation à « exterminer comme des rats » les migrants sub-sahariens, elle, relève d’un délit formel. La directrice locale de l’ONG, Hassina Oussedik, demande donc aux autorités algériennes « de prendre toutes les mesures nécessaires et d’appliquer la loi qui condamne les propos racistes et l’appel à la violence ».

La réponse du ministre de l’Intérieur

En face, le ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, déclarait récemment : « L’Algérie considère ces réfugiés, venant de pays en butte à des conditions difficiles, comme étant des invités qu’il faut prendre en charge au plan médical, social et psychologique, individuellement et en groupes ». Au sommet onusien sur les réfugiés, la semaine dernière à Kampala, son collègue des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, soutenait que « l’Algérie, sensible au drame que vivent les migrants, continue à mobiliser ses moyens propres pour leur exprimer au quotidien sa solidarité et son entraide ».

Il reste à jauger la sincérité des intentions politiciennes et à changer les mentalités du twitto moyen. Quand il reprend ses esprits, ce dernier tente une plaidoirie sur le mode : « On peut critiquer un Noir sans être raciste. » Toutefois, après la schizophrénie de l’Africain non-africain, n’y en a-t-il pas une seconde qui émerge, quand on écrit « Nous ne sommes pas racistes, mais la situation est intolérable à cause des Africains » ?

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