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Comment Al-Jazira s’est-elle retrouvée empêtrée dans la crise du Golfe ?

justinerodier [5:10 PM] Studio de télévision principal d'Al-Jazira et plateau télé, à Doha, 2011. © Wittylama/CC/Wikipmedia commons

Parmi les demandes adressées par la coalition saoudienne au Qatar fin juin, sous peine de rompre avec lui toute relation diplomatique, il y a la fermeture des bureaux d'Al-Jazira. L'ultimatum imposé au Qatar arrive à échéance le dimanche 2 juillet.

Entre le Qatar et ses voisins, rien ne va plus. L’accusant de soutenir le terrorisme, l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Emirats Arabes Unis et le Bahreïn ont décidé depuis le 5 juin de rompre leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Parmi la liste des treize exigences de la coalition saoudienne adressées à Doha le 22 juin, figure la fermeture des bureaux d’Al-Jazira, la chaîne qatarie, avec un ultimatum de 10 jours. Pourquoi Al-Jazira se trouve-t-elle au cœur de cette crise ? Il faut remonter à la création de la chaîne, pour comprendre les jeux d’influence.

C’est à Doha, à l’automne 1996 que l’ancien émir du Qatar, Cheikh Hamad Ibn Khalifa Al Thani, lance la création de la chaîne. Il y voit un moyen d’existence, voire d’influence sur la scène internationale. Al-Jazira jouit d’une relative indépendance et d’un pluralisme.

Puis à partir de septembre 2001, lors des attentats du World Trade Center, elle se fait connaître hors du monde arabe. Al-Jazira diffuse une vidéo des revendications de Oussama Ben Laden, alors recherché. La même année, la chaîne s’illustre lors du conflit en Afghanistan, à travers des scoops.

 

 

Surfant sur la vague des Printemps arabes en 2011, la chaîne se construit une solide réputation et fait figure de média indépendant dans la zone. Aujourd’hui, près de vingt ans après sa création, Al-Jazira dépasse de 34%, dans 21 pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord,  le nombre de téléspectateurs de toutes les autres chaînes d’informations en continu cumulées entre elles, selon un sondage des instituts Ipsos et Sigma.

Menée au court du premier trimestre 2013, cette étude démontre que la chaîne attirait alors plus de 25 230 000 téléspectateurs quant ce nombre s’élevait à 14 540 000 pour Al Arabiya et un peu plus de 810 000 pour France 24. Mais c’est aussi paradoxalement les Printemps arabes qui semblent freiner l’engouement pour la chaîne. La ligne éditoriale de cette dernière est jugée de plus en plus poreuse avec la politique étrangère qatarie.

« Déjà perceptible les années précédentes, celui-ci s’affine véritablement, en même temps que le Qatar prend une place de plus en plus importante au sein de ces mêmes conflits, tantôt négociateur, tantôt acteur, comme en Libye, ainsi que sur la scène internationale de manière plus générale », analyse Théo Corbucci dans Les quatre vies d’Al Jazeera.

« Récemment, c’est son appui affiché aux rebelles syriens qui a posé problème », poursuit-il. À cela s’ajoute l’émergence de médias libres à l’issue des Printemps arabes, qui ont su capter l’attention du public, lequel s’est petit à petit détourné de la chaîne.