Fermer

Rapport Garcia de la Fifa : le rôle trouble d’Amadou Diallo dans l’attribution du Mondial 2022 au Qatar

Mohammed Bin Hammam, président de la Confédération asiatique de football, accueille Sepp Blatter, alors président de la Fifa, à Doha, au Qatar, le 16 décembre 2010. © Osama Faisal/AP/SIPA

Les révélations du journal allemand Bild sur les conditions d’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar ont convaincu la Fifa de publier intégralement mardi dernier le rapport Garcia, rédigé en 2014. Le nom du Guinéen Amadou Diallo y figure en bonne place. La CAF et son congrès de Luanda en 2010 également...

C’est le genre d’instant de gloire dont certains se seraient bien passé. Et parmi tous ceux qui ont « l’honneur » d’être cités dans le rapport rédigé par l’ancien procureur fédéral américain Michael Garcia apparaît le nom de Amadou Diallo. Celui-ci avait été rendu en septembre 2014 à la Fifa, qui avait alors refusé de le publier. Depuis mardi 27 juin, il est accessible sur le site de l’instance mondiale du foot, vraisemblablement pour couper l’herbe sous le pied du quotidien allemand Bild, qui se l’était procuré et avait prévu de le « feuilletonner ».

Mais rien, dans le volumineux document (430 pages), ne vient formellement prouver que le Qatar a acheté la Coupe du Monde 2022, qui lui a été attribuée le 2 décembre 2010 à Zurich face aux États-Unis par 14 voix contre 8 au second tour, même si Garcia. Quant au rôle joué dans ce processus et dans le monde du football en général par Amadou Diallo, le rapport note dans ses conclusions qu’il « n’est pas clair » : ses « échanges avec le président de Qatar 2022 Hassan Al-Thawadi sont troublantes et justifient un suivi. Des investigations plus poussées sur son statut seront faites ». Explications.

Un proche du sulfureux Mohammed Bin Hammam

Amadou Diallo, né en Guinée mais installé à Paris, présenté par plusieurs médias comme un homme d’affaires, a droit à trois pages entières dans le rapport (p. 189 à 192) sur les 127 consacrées au Qatar. Il était à l’époque l’un des conseillers de Mohammed Bin Hammam, alors président de la Confédération asiatique de football (AFC) de 2002 à 2011 et membre du Comité exécutif de la Fifa.

Ce Qatari, aujourd’hui âgé de 68 ans, visait accessoirement la présidence de la Fifa en 2011, et a été banni à vie de toutes activités en lien avec le football pour avoir acheté des voix nécessaires à son élection. À Zurich, il était également président du bureau du comité Goal, chargé de distribuer de l’argent aux fédérations les plus désargentées afin qu’elles puissent notamment améliorer leurs structures sportives et administratives.

Qatar 2022 a demandé à M. Diallo des informations sur son compte bancaire, fournies par l’intéressé

Entre 2001 et 2007, Diallo a collaboré avec ce bureau, avec comme mission d’assurer le suivi des projets concernant l’Afrique. « Il connaît beaucoup de monde sur le continent. Comme Bin Hammam voulait que le Qatar organise la Coupe du monde, celui-ci avait besoin des voix des Africains », explique un proche de la Fifa. Dans le livre L’homme qui acheta une Coupe du monde, le complot qatari (The Ugly game), écrit en 2015 par les journalistes anglais Jonathan Calvert et Heidi Blake, Diallo est décrit comme un collaborateur free-lance du bureau Goal.

Manque de transparence

Le rapport Garcia relève d’abord qu’Amadou Diallo n’était pas lié officiellement à la candidature du Qatar, mais « qu’il y était favorable », selon Hassan Al-Thawadi, le président du comité d’organisation de Qatar 2022, interrogé par la Chambre d’investigation chargée de l’enquête. Ce dernier ajoute que le Guinéen donnait des informations sur la candidature de l’émirat à des personnalités du football. Le rapport ajoute que Qatar 2022 a demandé à M. Diallo des informations sur son compte bancaire, fournies par l’intéressé, mais Al-Thawadi a affirmé ne plus se souvenir si des versements avaient été effectués. L’étude de courriers électronique montre également que l’ancien bras droit de Bin Hammam « a fourni à Qatar 2022 des informations que l’entité avait l’intention d’utiliser pour influencer de manière inappropriée des membres du Comité exécutif » de la Fifa.

Amadou Diallo a, selon Garcia, « écrit à l’assistante de Bin Hammam, Justine Olfield », afin que deux amis de Michel Platini (à l’époque président de l’UEFA et membre du Comité exécutif de la Fifa), que sont Louis Nicollin (président du club de Montpellier) et Gaël Levergie, un restaurateur parisien, soient invités par le Qatari au Forum de l’investissement organisé à Paris en 2010. Des échanges de mails ont bien eu lieu, qui ne prouvent pas toutefois que les deux hommes aient été invités en grande pompe à ce salon par des personnes liées à Qatar 2022. D’autres échanges révèlent enfin que Diallo a envoyé à Qatar 2022 un courriel annonçant la signature d’un partenariat entre Setaci, concessionnaire du constructeur automobile sud-coréen KIA, et la Fédération ivoirienne de football (FIF), alors présidée par Jacques Anouma, membre du Comité exécutif de la Fifa.

L’absence de transparence crée une impression négative, résume le rapport. Un euphémisme…

Au final, le rapport Garcia admet que si le Guinéen « n’a reçu aucune compensation, son appartenance à l’équipe de candidature était évident (…) et qu’il n’y a pas de transparence dans sa relation avec l’équipe de candidature. » Selon une source, « Amadou Diallo ne risque pas grand-chose après la publication de ce rapport, même si ce n’est pas très bon pour son image. »

Mais où sont passés les 800 000 dollars de Luanda ?

Par ailleurs, le travail réalisé par Michel Garcia et ses équipes évoque le cas du congrès de la CAF présidée par Issa Hayatou et organisé en janvier 2010 à Luanda (Angola). Hassan Al-Thawadi avait proposé de sponsoriser la petite sauterie du football africain, avec bien sûr une contrepartie, celle de l’affichage exclusif de la candidature du Qatar auprès des membres de la CAF. Laquelle a envoyé une facture de 1,8 million de dollars à Qatar 2022, qui avait réglé la note rubis sur l’ongle, sans exiger le moindre justificatif. Une attitude princière, alors que le coût effectif du congrès n’était « que » de un million de dollars. Cela signifie donc que 800 000 dollars se sont envolés, sans doute pour retomber opportunément dans certaines poches. « L’absence de transparence crée une impression négative », résume le rapport. Un euphémisme…