Aïchatou Mindaoudou : « Le départ de l’Onuci ne signifie pas que tout est réglé en Côte d’Ivoire »

Aïchatou Mindaoudou, alors ministre nigérienne des Affaires étrangères, lors de la 61e Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 21 septembre 2006. © JULIE JACOBSON/AP/SIPA

Après treize ans de présence en Côte d’Ivoire, la mission des Nations unies dans le pays ferme définitivement ce vendredi 30 juin.

Deux ans après le début de la crise, le 27 février 2004, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait la résolution 1528 qui créait une opération de maintien de la paix en Côte d’Ivoire. Le pays était alors coupé en deux entre un Nord tenu par la rébellion des Forces Nouvelles et un sud loyal au président Laurent Gbagbo. Au maximum, 7 137 militaires et civils seront déployés. Parfois critiquée, notamment par les partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo, pour son intervention militaire lors de la crise postélectorale de 2010-2011, l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) est aujourd’hui présentée comme un modèle par l’ONU. Alors que les derniers employés de la mission quitteront définitivement le pays vendredi 30 juin, Aïchatou Mindaoudou, chef de la mission, en dresse le bilan.

Jeune Afrique : Les derniers membres du personnel de l’Onuci sont sur le point de quitter définitivement la Côte d’Ivoire. Pourquoi la mission des Nations unies ferme-t-elle ?

Aïchatou Mindaoudou : Il faut se souvenir des raisons pour lesquelles la mission a été déployée. En 2004, le pays était instable, l’administration n’était pas présente partout, il y avait beaucoup de problèmes sécuritaires. Depuis, nous avons accompagné l’État ivoirien pour qu’il soit dans tous les départements, nous avons soutenu les autorités dans le renforcement des forces de sécurité. Le processus de démobilisation, de désarmement et de réinsertion est quasiment achevé avec la réintégration de 67 000 anciens combattants en juin 2015. Aujourd’hui, le pays est stable. La Côte d’Ivoire est redevenue un pays normal. Et la présence d’une mission de maintien de la paix est une anomalie dans un pays normal.

L’Onuci aura donc été déployée plus de 13 ans en Côte d’Ivoire. Quel bilan en faites-vous ?

Le bilan est positif. Mais il faut garder présent à l’esprit que le départ de l’Onuci ne signifie pas que tout est réglé. Notre fermeture est une étape. En transférant nos activités aux autorités ivoiriennes, nous avons rédigé un mémorandum intitulé « Consolider les acquis du maintien de la paix », où nous relevons les six domaines qui nécessitent encore beaucoup d’attention et d’efforts : la cohésion sociale, la réconciliation nationale, la réforme du secteur de sécurité, la formation et l’entraînement du personnel de sécurité, les droits de l’homme et le transfert de notre radio, Onuci FM.

Le départ de la mission des Nations unies intervient alors que ces derniers mois ont été marqués par des mutineries d’anciens rebelles réintégrés dans l’armée. Est-ce une menace pour la stabilité du pays ?

Non. Pour nous, la stabilité du pays n’est pas remise en cause car les soldats ont dit qu’ils ne menaçaient pas les institutions. Ils revendiquaient seulement l’argent qui leur avait été promis. Reste que ce sont des attitudes condamnables, ce n’est pas une façon de revendiquer dans un environnement démocratique, il faut que ces agissements s’arrêtent car à terme on ne sait pas à quoi ils peuvent conduire. Il faut faire en sorte que la réforme du secteur de la sécurité, notamment la loi de programmation militaire qui comporte en son sein les réponses aux revendications exprimées, puisse être mise en œuvre et appliquée. Vous savez, une sortie de crise n’est jamais linéaire donc il y aura certainement d’autres à-coups mais nous avons confiance en les Ivoiriens pour qu’ils mettent en avant l’intérêt supérieur de leur pays.

Les Nations unies vont continuer à accompagner la Côte d’Ivoire dans le renforcement de la justice transitionnelle

Selon de nombreux experts, malgré le processus de désarmement et de démobilisation des anciens combattants conduit par le gouvernement et les Nations unies, de nombreuses armes sont encore en circulation. Récemment, un arsenal a été découvert à Bouaké. Est-ce que cela vous inquiète ? Certains craignent que ces armes puissent tomber dans les mains de groupes jihadistes…

Que des armes circulent, ce n’est pas un secret. Mais la vraie question est : la circulation des armes est-elle une menace pour la paix ? Évidemment, il faut absolument régler ce problème et faire en sorte que ces armes soient récupérées. Suite à la découverte de la cache d’armes à Bouaké, le gouvernement a lancé une enquête nationale et a requis l’accompagnement des Nations unies à travers un expert, il faut maintenant attendre les conclusions de l’enquête.

Autre volet important, la réconciliation, qui reste inachevée, et la justice. Depuis la fin de la crise postélectorale de 2011, seuls des membres d’un camp, celui de l’ancien président Laurent Gbago, ont été jugés…

La réconciliation est un processus long dans tous les pays qui sortent de crise. L’important c’est que l’ensemble des Ivoiriens soit convaincu de la nécessité de renforcer la réconciliation nationale. Cela va prendre du temps mais nous estimons que ce processus est en marche et qu’il faut l’accompagner. Dans toutes les résolutions adoptées par le Conseil de sécurité, nous avons en outre appelé à ce que les coupables de violations graves de droits de l’homme soient jugés. Les Nations unies vont continuer à accompagner la Côte d’Ivoire dans le renforcement de la justice transitionnelle et la protection des droits de l’homme.

L’Onuci est critiquée par une partie des Ivoiriens, notamment par les partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo. Ils lui reprochent en particulier son intervention militaire pendant la crise postélectorale. Regrettez-vous de ne pas avoir su rétablir la confiance avec cette partie de la population ivoirienne ?

Ce qui s’est passé en 2011 a été décidé sur la base d’une demande de l’ensemble des acteurs ivoiriens. Je pense que la majorité de la population nous a alors soutenu et a exprimé son consentement. Maintenant, vous me dites que la confiance est rompue avec une partie des Ivoiriens… Peut-être. Moi, je n’ai pas ce sentiment. La mission avait un mandat à mettre en œuvre et cela a été fait de la façon la plus optimale possible.

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