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RDC : le Parquet retire à Moïse Katumbi son autorisation de séjourner à l’étranger, son camp dénonce un « acharnement »

Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga, en mars 2015, à Lubumbashi. © Gwenn Dubourthommieu/J.A.

Dans une correspondance adressée à l'un des avocats de Moïse Katumbi à Kinshasa et dont Jeune Afrique a pu consulter une copie, le parquet général de la République indique avoir retiré à l'ancien gouverneur du Katanga l'autorisation de séjourner à l'étranger pour des soins et lui demande de se présenter devant la justice congolaise. Un "acharnement", dénonce l'entourage de l'opposant.

Pas d’apaisement en vue entre le régime de Kinshasa et l’opposant Moïse Katumbi. Les deux camps se rendent désormais coup pour coup. Et c’est de nouveau au tour de Flory Kabange Numbi, procureur général de la République, de contre-attaquer. Dans un courrier datant du 20 juin, envoyé à la défense du dernier gouverneur de l’ex-Katanga et dont Jeune Afrique a pu consulter une copie, ce haut-magistrat annonce qu’il « retire à [Moïse Katumbi] l’autorisation qui lui avait été accordée le 20 mai 2016 » à la suite de sa « requête en expatriation pour des raisons de soins médicaux en Afrique du Sud ».

« J’ai le regret de porter à votre connaissance que votre client [Moïse Katumbi] n’a pas observé le devoir de réserve qui lui était imposé en ce qui concerne les faits ayant donné lieu à l’instruction du dossier judiciaire en cours [celle relative au recrutement présumé de mercenaires étrangers, NDRL] », écrit le procureur à l’un des avocats de l’opposant en exil. Par conséquent, Katumbi est « tenu dès réception de la présente de se présenter devant le magistrat instructeur », conclut-il.

Alexis Thambwe-Mwamba, le trouble-fête

Cette décision du parquet général de la République intervient quatre jours seulement après la publication de la lettre du Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies demandant à Kinshasa de prendre les « mesures nécessaires » afin de permettre à Moïse Katumbi de rentrer au pays en homme libre et de participer à la présidentielle à venir en RDC.

Quelques jours après cette publication, Alexis Thambwe-Mwamba jouait au trouble-fête. En séjour à Paris, le garde de Sceaux congolais avait déclaré en effet, le 21 juin, que Moïse Katumbi avait selon lui une double nationalité. Ce qui, à croire le ministre d’État, empêcherait Katumbi de se présenter au scrutin présidentiel en RDC, la nationalité congolaise étant « une et exclusive », selon les termes de la Constitution congolaise en vigueur. Un « montage grotesque », dit-on dans l’entourage de l’ancien gouverneur, qui reproche au ministre de vouloir « se substituer à la Cour constitutionnelle et à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) ».

Un « acharnement » de Kinshasa

Le camp Katumbi dénonce un « acharnement » du régime en place à Kinshasa. « Dans son champ régalien de protéger les Congolais, l’État est absent. Nous avons l’impression qu’il ne s’occupe que de Moïse Katumbi. Y aura-il bientôt un ministre chargé de Moïse Katumbi ? » ironise Olivier Kamitatu, porte-parole du candidat déclaré à la présidentielle. « Tout ceci est cousu de fil blanc et participe à l’instrumentalisation de la justice », déplore-t-il.

De fait, « nous considérons que c’est le ministre de la Justice et le parquet général de la République qui n’ont pas respecté leur devoir de réserve dans cette machination judiciaire relative à un prétendu recrutement de mercenaires : on a vu Alexis Thambwe-Mwamba se débattre sur des chaînes de télévision étrangères pour tenter de démentir les 500 mercenaires qu’il avait pourtant annoncé, violant ainsi le secret d’instruction », poursuit Kamitatu.

Y aura-il bientôt un ministre chargé de Moïse Katumbi ?

Le vice-président du G7 ne comprend pas non plus pourquoi cette autorisation de sortie accordée en mai à Katumbi n’avait pas suspendu toutes les procédures judiciaires engagées contre son bénéficiaire. Au contraire, « Katumbi a été condamné dans un autre affaire de spoliation immobilière montée de toutes pièces. La juge a avoué avoir prononcé son jugement, revolver sur la tempe », rappelle-t-il.

Qu’à cela ne tienne, « Moïse Katumbi se prépare à rentrer au pays et demande aux Congolais de lui réserver un accueil triomphal, mouchoirs blancs à la main », indique Olivier Kamitatu, rappelant que le rapport des évêques avait déjà qualifié de « mascarades » toutes ces affaires judiciaires collées à son champion.