Marx est mort, vive Mahomet !

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Karim Akouche est un écrivain algérien, auteur du roman La Religion de ma mère (éd. Écriture)

Des jihadistes de l'État islamique à Raqqa, en Syrie, en 2014. © Uncredited/AP/SIPA

Chut, ne dis rien, ferme les yeux, bouche-toi les oreilles, ne dénonce pas l'islamisme et ses avatars. Faut pas faire le jeu de l'extrême droite, ni celui des nostalgiques du colonialisme, encore moins celui du grand capital.

Mens ! Le jihadisme n’a rien à voir avec l’islamisme, et celui-ci ne viendrait surtout pas de l’islam. Même si des intellectuels des pays musulmans, qui ont vu leurs sœurs et frères tomber sous les balles des fous d’Allah, nuancent ou pensent le contraire. Voile le réel, pratique le déni, c’est plus simple ainsi. D’une posture, deux conforts : tu t’inscris dans le « camp du bien » et tu ne prends aucun risque. Contourne la vérité, inverse les arguments, fais des détours sémantiques, ne désigne pas le mal ; tourne autour de la bête immonde, mais ne l’affronte jamais. Dédramatise le terrorisme, folklorise l’idéologie salafiste, psychanalyse le jihadiste. Fais de celui-ci un déséquilibré, une victime de la société individualiste, du fétichisme marchand, de la crise sociale, de l’arrogance de la modernité. Trouve-lui toutes les explications possibles, sociales et psychologiques, sauf la principale : la religieuse.

Fais de l’islam une religion à part, de ses adeptes les « élus » de Dieu. Clame-le sur toutes les tribunes : Ce sont des humiliés. Fouille dans les vieux placards de l’histoire, déterre les cadavres, éparpille les cendres, revisite la guerre d’Algérie, attise le choc des mémoires, évoque l’Irak, la Syrie et la Libye. Les « humiliés » ont subi le colonialisme, ils ont été dépossédés de leurs biens, de leur pétrole, de leur langue, de leur terre et, quoi qu’ils fassent, il faut les excuser ; ce n’est jamais leur faute, c’est toujours celle des autres et de l’Occident. N’évoque surtout pas les esclavagistes arabes, ce chemin est miné, on te taxera de révisionniste. Oublie l’empire ottoman et ses crimes, oublie les civilisations et les peuples colonisés par l’arabo-islamisme.

Depuis l’effondrement du bloc soviétique, la gauche ne propose plus d’utopies ; ses idéologues, n’ayant plus de nouvelles idées, claudiquent dans le brouillard. Les uns ont viré à droite, les autres ont sombré dans les désillusions et les rancœurs. Hier internationalistes, ils deviennent aujourd’hui communautaristes, ethnicistes, différencialistes, relativistes. Ils ont tourné le dos aux Lumières, à la laïcité et à la liberté.

Les musulmans sont devenus les nouveaux prolétaires

L’islam est « révolutionnaire », le vert a remplacé le rouge, les chants religieux l’Internationale, le sabre la faucille, les jihadistes les brigadistes.

L’islamisme pousse sur les ruines du communisme. Les musulmans sont devenus les nouveaux prolétaires. Il faut les défendre contre Wall Street, le progrès, la dépravation des mœurs, les féministes, les homosexuels… Les perdants de la mondialisation doivent s’unir pour bâtir la Oumma et faire face au « gouvernement mondial ».

Complotistes de tous les pays, unissez-vous ! Déçus de la société de consommation, organisez-vous !

Marx est mort, vive Mahomet !