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Algérie : et si Hassan Hattab détenait la clé de la vérité dans l’assassinat de Lounès Matoub ?

par

Journaliste à Jeune Afrique depuis de nombreuses années, Farid Alilat est spécialiste de l'Algérie.

Des centaines de Berbères rassemblés à Paris affichent des drapeau kabyles et un portrait de Lounès Matoub en avril 2002. © FRANCOIS MORI/AP/SIPA

Le 30 juin 1998, cinq jours après l’assassinat du chanteur kabyle, Hassan Hattab, alias Abou Hamza, alors émir au GIA, revendiquait le crime en ces termes dans un communiqué remis au bureau de l’AFP à Londres : « Une unité de moudjahidines a pris pour cible l’ennemi de Dieu, Lounès Matoub, l’a tué et pris ses armes. »

Gracié dans le cadre de la politique de réconciliation nationale prônée par le président Bouteflika, Hattab est aujourd’hui libre de ses mouvements. Après s’être rendu aux autorités militaires, il a bénéficié de l’extinction de toutes les poursuites judiciaires et de toutes les condamnations engagées et prononcées contre lui par la justice algérienne.

On dira que Hattab n’ouvrait pas droit à la grâce, en vertu de l’article 16 de la charte pour la paix adoptée par référendum en septembre 2005. Cet article, en effet, exclut de la grâce « les personnes condamnés définitivement pour avoir commis ou avoir été les complices ou les instigatrices des faits de massacres collectifs, de viols ou d’utilisation d’explosifs dans les lieux publics. »

Je ne sais pas si Hattab a commis ou couvert des actes de viols. En revanche, comme émir au GIA puis chef du GSPC, il a couvert, ordonné et participé pendant plus d’une décennie à des tueries et des massacres contre des civils et des membres des services de sécurité. Il faudrait une encyclopédie pour chroniquer le voyage dans les ténèbres que cet homme a vécu et a fait subir à ses victimes.

Sans doute Hassan Hattab ne sera-t-il jamais jugé

Pour tous les actes qu’il a commis et assumés, Hassan Hattab aurait dû être jugé. Cela n’a pas été le cas. Ce ne sera sans doute jamais le cas. On dira que la raison d’État a prévalu. Ou tout simplement que Bouteflika a usé de son pouvoir discrétionnaire contre ce qu’il a lui même énoncé comme incompatible avec le droit, la justice ou la morale.

Il y a quelques temps, j’ai eu Hassan Hattab au téléphone. Je voulais le rencontrer dans le cadre d’une enquête le concernant. « Je voudrais bien vous rencontrer, mais le moment n’est pas propice », m’a-t-il dit d’une voix fluette. Je l’ai relancé à deux ou trois reprises par le biais de ses amis. Sa réponse fut toujours la même : « Le moment n’est pas propice… » Ce n’est jamais le moment de passer à confesse pour les anciens tueurs ou chefs de tueurs.

Mais la justice a peut-être l’opportunité de le faire parler. La veuve de Lounès Matoub, Nadia Matoub, a déposé une plainte en juin 2016 contre Hassan Hattab pour « assassinat et tentative d’assassinat ». Le procureur a transmis le dossier à la chancellerie pour avis. C’est rare, mais la procédure est légale, dans la mesure où l’affaire est trop sensible. Elle attend toujours de connaître la vérité sur la mort de son mari. Et l’une des personnes qui détient une part de cette vérité est Hassan Hattab.

Il serait bien que le président, avant qu’il ne parte, tienne la promesse qu’il a faite à la famille de l’artiste de faire la lumière sur son meurtre en laissant cette instruction d’aller jusqu’au bout, c’est à dire la tenue d’un procès public et équitable.

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